The Big Shift: Critique et réflexions

The Big Shift, du sondeur Darrell Bricker et du correspondant politique du Globe and Mail John Ibbitson, est un livre absolument fascinant. Chaque Québécois devrait le lire. Son contenu est essentiellement une représentation de l’orientation politique et démographique du Canada qui serait extrêment lourde de conséquences pour le Québec et pour le Canada si elle devait être fondée. Malheurseument, mes recherches sur internet n’ont déniché aucune traduction française.

La prémisse du livre: il existe un groupement d’individus qui ont historiquement dominé la politique canadienne. Les auteurs baptisent ce groupe le “consensus laurentien”. Le consensus, disent-ils, “forment l’épine dorsale de la pensée politique et culturelle canadienne” (Je traduis). Bricker et Ibbitson nous listent ceux qu’ils considèrent comme  les figures les plus importantes de ce consensus, notamment Pierre Trudeau, René Lévesque, Margaret Atwood, André Pratte, Lucien Bouchard, Marshall McLuhan, Henri Bourassa et George Grant*.

On le devine aisément étant donné l’adjectif laurentien: les auteurs font ici référence à une élite originaire des alentours du St-Laurent, c’est-à-dire de l’Ontario et du Québec, qui dirige le pays pratiquement depuis sa conception. L’hypothèse n’est pas farfelue, mais elle n’est pas innovatrice non plus. Il est clair que, les gouvernements canadiens ayant souvent été dirigés par des Ontariens ou des Québécois et le Parti libéral du Canada ayant toujours été le “natural governing party” du pays, la direction politique du Canada était dictée par la gestion de l’axe Ontario-Québec.

Sauf qu’aux dires des auteurs, le Consensus laurentien aurait été dépossédé de son pouvoir;  sa déliquessence serait simplement masquée par le fait que le leadership laurentien serait encore très prévalent dans les sphères intellectuelles du pays, particulièrement dans les domaines universitaire et médiatique. Pendant que les “Laurentiens” afficheraient ouvertement leur déni, le transmettant à tous ceux dont ils ont l’oreille attentive, le pouvoir au Canada continuerait de se déplacer vers un nouvel axe composé de l’Ouest canadien et des banlieues ontariennes. L’élection fédérale de 2011, qui a vu les Conservateurs de Harper finalement obtenir leur gouvernement majoritaire, serait la concrétisation de ce phénomène, le Big Shift.

Bricker et Ibbitson multiplient les perspectives intéressantes, notamment quant aux motivations du gouvernement Harper derrière certaines de ses politiques. Les membres du consensus laurentien ont décrit ces politiques comme des exemples de la dangerosité de Harper; ces politiques étaient idéologiques et visaient à faire plaisir à sa base d’extrême droite libertaire et religieuse. Par exemple, lorsqu’un député “backbencher” du gouvernement Harper a tenté de ramener la question de l’avortement en chambre, beaucoup y ont vu une tentative de prohiber l’avortement par la bande. Pour Ibbitson et Bricker, cependant, le Premier Ministre a compris que le rejet de certaines idées de droite (interdiction de l’avortement, rétablissement de la peine de mort) font consensus au sein de la population canadienne. Harper serait donc, selon les auteurs, sincère dans son intention de ne pas relancer ces débats.

Aussi, on ne peut qu’être intrigué par l’idée que l’Ontario, qui a gagné sa majorité à Harper en 2011, serait en train de devenir une province pacifique plutôt qu’atlantique. On ne parle parle pas géographiquement, bien sûr, mais du fait que, selon les statistiques, le Canada fait venir par voie d’immigration, depuis 1980, l’équivalent de la population de Toronto chaque 10 ans et que l’immigration issue de pays asiatiques comme la Chine, l’Inde et les Philippines s’est majoritairement raliée aux Conservateurs. “Leurs cousins”, écrivent les auteurs, “habitent Calgary ou Vancouver, pas Ottawa ou Montréal.” Par conséquent, ils ont un plus grand sentiment d’appartenance envers l’Ouest qu’envers l’Est du pays.

Je dois également avouer que j’ai fortement grincé des dents à la lecture du chapitre particulièrement juste sur le fait que le dédain du monde des médias à l’égard de Stephen Harper n’affecte pas vraiment l’univers politique canadien. Je me suis fortement reconnu dans la description des pourfendeurs de Harper que font les auteurs et je ne peux qu’espérer qu’ils ont raison de tenter de tempérer la hargne de ceux qui croient que Harper n’a pas seulement tort, mais qu’il est dangereux.

Cependant, The Big Shift n’est pas un livre parfait, loin de là. D’ailleurs, le concept de “Consensus laurentien” constitue à la fois une de ses qualités et aussi un de ses principaux défauts. Les auteurs le définissent plutôt vaguement, rendant ardue la tâche de bien cibler tout ce qui en fait partie. Le fait de s’en prendre à un archétype n’est pas problématique en soi. Ce qui me dérange, cependant, est qu’il est possible, étant donné l’élasticité de la définition, d’y inclure tous ceux qui seraient en désaccord avec la thèse des auteurs, les accusant de nier la réalité.

Un autre problème est que, malgré que les auteurs se prétendent neutres quant à la transition qu’ils décrivent, on décèle une joie et une satisfaction qui en viennent à être malaisantes. Ce n’est pas que les auteurs n’ont pas le droit de penser que le changement qu’ils décrivent en est un positif. C’est qu’ils rendent difficile pour le lecteur de croire à leur prétendue neutralité lorsqu’il lit certains passages du livre. C’est un peu comme les gens qui commencent à énoncer leur opinion en disant “je ne suis pas raciste, mais…” Je repense entre autres au chapitre vitriolique consacré aux Maritimes et à leur économie saisonnière. On veut bien que l’économie des provinces de l’Atlantique nécessite des réformes, mais si les auteurs s’étaient déclarés les porte-voix de ceux qui croient que le fédéral devraient couper les vivres aux travailleurs saisonniers lors de leur période d’inactivité, ils auraient difficilement pu incarner la position avec plus de conviction.

Bien sûr, le Québec n’échappe pas au tir groupé des auteurs. La belle province aurait une économie vieillissante et vétuste, plombée par les exigences linguistiques de nos lois en matière d’immigration et par la corruption de nos politiciens. Il est difficile de ne pas conclure que, pour les auteurs, le français coûte trop cher au Québec, thèse à laquelle s’empresseraient de faire écho certains chroniqueurs d’un quotidien montréalais dont nous taierons le nom. Malgré la manifeste hostilité de beaucoup de Québécois à l’égard du gouvernement Harper, les auteurs formulent l’hypothèse que les Conservateurs pourraient faire des gains importants au Québec en capitalisant sur le désir de politiciens “propres” de la population québécoise. J’ai trouvé la prémisse sur laquelle s’appuie cette spéculation moins que convaincante.

L’avenir du Québec si les auteurs devaient avoir raison

Disons, pour alimenter la discussion, que les auteurs ont raison quant à la véracité du Big Shift. Quel avenir y aurait-il pour le Québec dans un Canada définitivement dominé par l’ouest? Je serais porté à dire que la réalisation que le Big Shift est réel forcerait les Québécois à choisir pour de bon leur camp. Depuis un moment, les Québécois votent au fédéral de façon à ne pas s’engager complètement dans l’une des deux voies qui s’offrent à eux. Jusqu’à 2011, cette tendance était incarnée par le Bloc québécois, quoique le Québec ait choisi, en 2011, de lui retirer ce flambeau pour le passer au NPD. Le Bloc, conçu pour être un élément perturbateur des opérations du gouvernement fédéral, est devenu une manière de ménager la chèvre et le chou des préoccupations des Québécois. En votant pour le Bloc, on s’assurait de ne pas avoir à faire le saut que représenterait un vote pour la souveraineté tout en rendant clair le mécontentement du Québec à l’égard du traitement que lui réservait le gouvernement fédéral.

Fort bien, mais d’un point de vue stratégique, cette position est appelée à devenir de plus en plus intenable ou, à tout le moins, futile (si elle ne l’était pas déjà). Indépendamment de la véracité de leur thèse, les auteurs ont parfaitement raison de faire remarquer que la gouvernance du consensus laurentien était animée par le sentiment que le Canada était un pays fragile. Les politiciens laurentiens se refusaient à avouer que le Canada était une réalité géographique bien plus que nationale, mais gouvernaient comme s’ils en étaient convaincus. Cela se traduisait par une forte sensibilité à la question de la meilleure manière de gérer le rapport du reste du pays avec le Québec. Ce “nouveau Canada” dont parlent les auteurs ne voit cependant pas les choses ainsi.

Pour les nouveaux Canadiens, le pays est un véritable symbole de fierté, peu ou pas du tout plombé par le complexe d’infériorité par rapport aux Américains si commun aux Laurentiens. Les Pierre Falardeau de ce monde disaient souvent que les Québécois devraient arrêter de s’excuser d’exister. Les nouveaux Canadiens ont adopté cette mentalité à l’égard de leur pays et, comme le poids du Québec diminue au sein du Canada à pratiquement tous les niveaux, on remarque une indifférence accrue des Canadiens, particulièrement ceux de l’ouest, quant au sort du Québec. Comme ce “nouveau Canada” n’a pas besoin du Québec pour fonctionner (comme nous le montre le résultat électoral de 2011), on voit déjà que le mécontentement québécois est une situation de moins en moins importante au Canada en ce qu’il requiert de moins en moins de compromis.

Devant cette indifférence, les Québécois ne pourront plus se contenter d’être les spécialistes de japper sans mordre. Il devront choisir un camp. Soit ils acceptent de faire partie pour de bon du Canada et d’en accepter les idéaux, soit ils choisissent de se séparer. Le nationalisme québécois est peut-être à son plus bas depuis un bon moment, mais les Québécois devront se poser de très sérieuses questions quant à leur avenir au sein d’un pays dans lequel leur influence est décroissante. Si le nouveau Canada est un projet aussi prometteur que l’indiquent les auteurs, le Québec pourrait en bénéficier. Cependant, on ne peut que remarquer le fossé entre les préoccupations du Québec et celles des provinces dont les intérêts gouvernent le Canada à l’heure actuelle. Le vote pour le NPD, que le Québec a mandaté pour faire le travail du Bloc, illustre cette divergence. Cela dit, je ne peux concevoir comment cet état des choses est tenable. Le Québec peut bien utiliser le NPD pour se donner une voix et le parti peut être content d’avoir réussi le meilleur résultat de son histoire, mais on ne peut qu’anticiper, à moyen ou à long terme, le déchirement de cette formation politique actuellement utilisée par les Québécois pour protester mais qui aspire éventuellement au pouvoir et qui reste fondamentalement canadienne.

Y a-t-il une solution? Les auteurs suggèrent la nécessité d’une alliance sinon d’une fusion avec des Libéraux déconnectés de la réalité canadienne et dont les liens avec le Québec pourraient être irréparables. L’idée n’est pas nouvelle. L’excellente Chantal Hébert l’avait évoquée dans son livre French Kiss: Le Rendez-vous de Stephen Harper avec le Québec, dont le titre est peu révélateur du propos de l’oeuvre. Si Ibbitson et Bricker pensent, comme moi, que les Libéraux et les néo-démocrates pourraient difficilement fonctionner ensemble, ils ont raison, je pense, de dire que la seule force politique capable de rivaliser avec les Conservateurs au cours du XXIème siècle serait une alliance des éléments progressistes du pays. Après tout, les Conservateurs que nous subissons aujourd’hui ne sont rien d’autre que la droite canadienne unie, union dont la nécessité était devenue manifeste si un parti voulait déloger les Libéraux du pouvoir. Maintenant, la gauche du Canada doit s’unir comme sa droite l’a fait sous peine d’être reléguée à un séjour prolongé dans l’opposition. C’est dans cette perspective, je pense, que la majorité québécoise pourrait être appelée à finalement se réapproprier un rôle important au sein de la fédération canadienne. La droite québécoise, quant à elle, devrait travailler à augmenter son poids au sein du parti conservateur, ce que, si l’on se fie à ses tentatives de séduction passées, Harper accepterait volontiers et que son successeur serait bien avisé de faire également. Si ces possibilités devaient ne pas satisfaire les Québécois, le fait de rester au sein du Canada serait complètement illogique étant donné le caractère intenable de la situation actuelle. Quoiqu’il en soit, si Ibbitson et Bricker devaient avoir raison, le Québec devra sortir de sa zone de confort, d’une manière ou d’une autre.

* Si éclectique que soit cette liste, on ne peut que se surprendre de l’inclusion du nom de Grant, particulièrement lorsque l’on en vient à comprendre ce qu’entendent les auteurs par l’expression “Consensus laurentien” qu’ils utilisent. Après tout, c’est Grant qui avait écrit le livre “Lament for a Nation” après que les Libéraux aient ravi le pouvoir aux Conservateurs de John Diefenbaker en 1965. Le livre est considéré à ce jour comme un “must” pour les étudiants de sciences politiques canadiens. Cela reste vrai malgré que, dans sa thèse selon laquelle ce rejet de Diefenbaker rendait inévitable l’assimilation du Canada par les États-Unis puisque ce rejet représentait selon Grant l’élimination des caractéristiques qui nous en distinguent (notamment le fait de s’identifier à nos origines britanniques), Grant se soit visiblement trompé. Il n’en demeure pas moins que les Conservateurs de Stephen Harper gouvernent à partir d’une vision du Canada, avec l’affichage au grand jour de leur sentiment d’appartenance avec la Grande-Bretagne, qui s’apparente manifestement à celle dont Grant lamentait la disparition. De là ma surprise de voir son nom se trouver sur la liste de Bricker et d’Ibbitson en compagnie des Trudeau et Atwood de ce monde.

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Mes trois grand-mères et la St-Jean

Le jour de la St-Jean, les Québécois – souvent les souverainistes en tête – se plaisent à scander “Je me souviens”. Loin de m’opposer à cette idée en principe (nous serions probablement un peu mieux foutus si nous avions une mémoire collective plus longue), j’aimerais néanmoins qu’il soit aussi possible au Québec d’oublier un peu.

Je m’explique, ne vous en faites pas. J’ai passé une très belle soirée ce 23 juin. Une soirée en bonne compagnie remplie de rires et de souvenirs, et pour cause: entre ma grand-mère, ma mère et mon beau-père et moi, il y avait chez moi un représentant de chaque génération du Québec moderne. Et immanquablement, la discussion s’est longuement portée sur la mère de mon beau-père, récemment décédée, qui avait le don de faire en sorte qu’on aime un peu plus le Québec chaque fois qu’on l’entendait en parler.

J’avoue envier un peu mes grand-mères. Le changement qu’elles auront vu au cours de leur vie! Tout n’aura bien sûr pas été rose pour elles, et tous les changements n’auront pas forcément été pour le mieux, mais lorsque je vois ce marasme d’immobilisme dans lequel nous sommes aujourd’hui plongés, je ne peux que songer avec exaltation au sentiment que devait provoquer la conscience de vivre l’évolution de son peuple.

J’ai tendance à penser qu’avec feu la mère de mon beau-père, je n’ai pas eu deux grand-mères, mais trois. Après tout, cette dernière m’a traité comme son petit-fils dès notre première rencontre. Et curieusement, en les regardant mes trois grand-mères à tour de rôle, je vois des éléments on-ne-peut-plus complémentaires de ce qu’est le Québec.

D’abord, il y a ma grand-mère maternelle, pas entièrement apolitique mais presque, qui, sans tenter de résister à l’évolution du Québec depuis la Révolution tranquille, a néanmoins conservé les valeurs pré-1960 qui lui sont chères, notamment son attachement inébranlable à la foi catholique. Voilà bien une femme à la bonté inouïe, dépourvue de toute malice et de toute méchanceté, qui n’a cependant pas une fibre révolutionnaire en elle.

Ensuite, je pense à ma grand-mère paternelle, née et élevée dans le Québec du terroir mais qui a passé une part importante de sa vie d’adulte en Angleterre et qui reste profondément amoureuse de ce pays, du moins, de ce qu’était ce pays avant Margaret Thatcher. Foncièrement rebelle, elle lisait du Simone de Beauvoir alors que l’Église catholique l’interdisait. Elle n’a jamais cru au projet de pays du Québec, voyant dans quelques-unes de ses composantes le caractère sectaire et fermé qui était un bastion de l’idéologie du terroir, à laquelle elle ne s’identifie pas du tout. Et pourtant, elle déplore la forte tendance de plusieurs Québécois à tenter de s’affranchir de l’entière Histoire pré-Révolution tranquille de leur province.

Enfin, il y a ma grand-mère par alliance, feu Mimi Lalonde, profondément amoureuse du projet de pays québécois, du fait français (elle a d’ailleurs déménagé sa famille en France pendant quatre ans) et de l’histoire et de la culture du Québec. Souverainiste invétérée, elle aura vécu sa passion pour la province qu’elle souhaitait voir devenir un pays jusqu’à la dernière seconde.

Sans me lancer dans les détails de mes propres opinions politiques, j’éprouve une admiration sans bornes pour ces trois femmes, toutes trois amies, toutes trois si différentes sur le plan identitaire. Voilà qui est approprié car, quand je pense au Québec, je pense rapidement à ses femmes. Au Québec, nous les aimons, nos femmes. Nous leur avons permis de s’affranchir des limites traditionnelles crées par nos névroses superstitieuses et misogynes comme peu de nations et de sociétés l’ont fait.

Ces trois femmes, mes trois grand-mères, m’ont influencé à leur façon, mais ce que je retiendrai toujours de chacune d’elle sera le fait qu’à l’image de la femme québécoise en général, elles ont accueilli le changement qui se produisait au Québec. Chacune l’a fait à sa manière, mais elles l’ont toutes fait. Les femmes québécoises ont accepté le changement. Elle l’ont rêvé, l’ont incarné, en ont profité. Elles ont été ce changement et ce, sans broncher, sans laisser les diverses résistances les faire dériver de la poursuite de cet idéal d’un nouveau Québec qui leur serait plus juste. Sans doute cette démarche était-elle animée au moins partiellement par un intérêt personnel, mais ce que ces femmes ont acquis pour elles-mêmes, elle l’ont également acquis pour le reste du Québec.

Ce sont ces femmes que j’ai en tête lorsque je dis que j’aimerais que le Québec se trouve aussi une petite capacité à oublier (ou du moins qu’il se serve de sa mémoire sélective de la bonne manière). Elles ont contribué à moderniser le Québec, à en faire une société relativement avant-gardiste et progressiste très rapidement, bien que plusieurs pensent à tort que rien ne bougeait avant la Révolution tranquille.

Ce ne sont pas tous les éléments de cette période qui furent des succès, mais je crois que nous vivons aujourd’hui au sein d’une société qui “surcompense” et qui abhorre maintenant le changement comme un vicieux épisode de syphilis. Raymond Aron redoutait le potentiel autoritaire de l’idéalisme et croyait que l’avenir et l’intégrité de la démocratie passent par des citoyens qui ont des attentes modestes du politique. Je partage cette opinion, mais le piège dans lequel semblent être tombés les Québécois est qu’ils ont non seulement des attentes modestes envers le politique, mais envers eux-mêmes en tant que peuple. La première éventualité est souhaitable, la deuxième sonne le glas des civilisations.

Je ne sais pas ce que deviendra le Québec et je ne prétends pas avoir le monopole de la vérité quant à ce qu’il devrait devenir. Sans être devenu souverainiste, j’avoue ne plus être sûr de savoir s’il serait dans l’intérêt du Québec de quitter le Canada ou d’y demeurer. Je dois aussi avouer être ouvert à toute démarche nécessaire pour faire avancer le Québec; un bien triste rappel du dommage irréparable qu’a fait Stephen Harper à ma conviction fédéraliste et à l’amour trudeauiste que j’éprouvais jadis pour le Canada.

Mais trève de nostalgie. Il fut un temps, il y a peu de temps, où avec beaucoup de dur labeur, de volonté et de savoir-faire, nous nous sommes propulsés dans la modernité en un temps record. Assurément, nous pourrions le faire à nouveau, comme nous l’avons fait à cette époque où nous nous sommes permis d’oublier que l’impossible existe et, ce faisant, nous sommes parvenus à l’accomplir.

Bonne St-Jean à tous.

Sugar Sammy, Mathieu Bock-Côté et le fédéralisme

Je n’ai pas vu le nouveau spectacle en français de Sugar Sammy. S’il est aussi drôle en français qu’en anglais, et son sketch sur les Québecois me fait supposer que oui, on imagine que le spectacle est fort divertissant. Cependant, l’humoriste se targue d’être provocateur. Il n’est donc pas surprenant de l’entendre faire la blague suivante: “Il y a deux sortes de Québécois. Il y a les Québécois éduqués, cultivés, bien élevés. Pis il y a ceux qui ont voté oui.”

Cette blague me fait-elle rire? Me met-elle mal à l’aise? Les deux. C’est pour cela qu’elle est si efficace. D’un point de vue comique, le gag fonctionne; c’est un bon punch, qu’on voit venir sans savoir ce qu’il sera précisément. J’aime la blague malgré mon malaise parce qu’elle est ce que les Anglos appeleraient “edgy”. Elle s’appuie sur un stéréotype qui semble semer la terreur dans l’imaginaire québécois francophone. Elle brasse les francophones (et les 2-3 anglophones qui auraient voté oui) dans la perception qu’ils ont d’eux-mêmes.

Je suis un fan de ce genre d’humour. À mon sens, l’humour de qualité ne saurait n’être qu’un outil de divertissement; il doit aussi en être un de réflexion. Trop d’humoristes québécois (et français, d’ailleurs) donnent un spectable d’un ennui mortel tant il est conventionnel et aseptisé. Je préfère de beaucoup un humour provocant qui sort des sentiers battus, quitte à occasionnellement rater son coup ou à “aller trop loin”. Sugar Sammy ne donne pas dans le grivois à la Mike Ward et n’a pas la hargne d’un Jean-François Mercier, mais il joue sur les stéréotypes d’une manière à la fois provocatrice et charmante qui représente sa marque de commerce.

J’ai donc trouvé intéressant de lire la chronique de Mathieu Bock-Côté à son sujet. Il ne critique pas tant la blague individuelle, mais “le propos derrière le propos” (et parfois pas vraiment si derrière que cela). Bock-Côté remet sur la table les allégeances fédéralistes de l’humoriste, de même que sa croyance avouée au multiculturalisme canadien. Et le chroniqueur de conclure: “Si Sugar Sammy représente le Québec de demain, le Québec n’a pas d’avenir.” Ouch!

La perspective de Mathieu Bock-Côté, même si je ne suis pas toujours d’accord avec lui, est toujours intéressante. Cependant, je dois avouer que ma première réaction en voyant qu’il prenait le temps de parler de Sugar Sammy aura été de songer qu’il s’était passé bien peu de choses dans sa vie mardi dernier pour qu’il se lance dans l’analyse d’un sujet aussi peu important. À titre personnel, je pense qu’il ne faut pas perdre de vue que les blagues de Sugar Sammy se situent dans le cadre de sa démarche artistique. Après les “jokes de juifs” et les “jokes de noirs”, aura-t-on droit aux “jokes de souverainistes”? Peut-être. Mais c’est dans un tel contexte que je place sa blague. Au même titre que je ne crois pas que la majorité d’humoristes qui font des blagues sur les juifs, les noirs ou autres sont sincères lorsqu’ils le font, je ne pense pas que Sugar Sammy méprise aussi catégoriquement les souverainistes que ne le laisse croire son spectacle. Cela ne veut pas dire qu’il n’est pas en profond désaccord avec eux, mais je sens chez Sugar Sammy la capacité de distinguer entre l’adversaire et l’ennemi. La conversation politique du Québec se trouve, et on devine que c’est par pure partisanerie, trop souvent privée d’un tel discernement.

Cependant, il n’en demeure pas moins que les interprétations de Bock-Côté et de Sugar Sammy de la dynamique linguistique du Québec ont le mérite de donner une raison de se pencher sur l’état déplorable de la discussion autour de la question nationale en ce moment. Le dialogue actuel en lien avec cet enjeu est d’une pauvreté et d’une stupidité navrantes. Si nous avons véritablement l’intention de continuer la conversation sur la question nationale, et je crois que cette discussion, n’en déplaise à certains, demeure pertinente, il serait bon de songer à la tenir en adultes.

Cela commence par éviter les procès d’intention que fédéralistes et souverainistes se font systématiquement (certains diront depuis toujours) et qui sont tout bonnement nocifs à la productivité de la discussion, ce qui m’amène à Sugar Sammy. Je l’ai souvent entendu associer le fait d’être souverainiste à l’étroitesse d’esprit, à la paranoïa linguistique, au repli sur soi, etc. Il faut arrêter de tenir ce genre de rhétorique. Mettons les choses au clair. Les souverainistes n’ont pas le monopole de l’inculture, de l’étroitesse d’esprit et de tous ces autres maux. De fait, mon expérience ne me permet pas de dire que la majorité des souverainistes que je connais pensent ainsi. (Et, en passant, j’en connais beaucoup.) Je comprends parfaitement que Sugar Sammy soit en faveur du multiculturalisme. Soyons franc, c’est quelque peu logique, puisqu’il en est un produit, de même que de la Loi 101, d’ailleurs. Il est aussi un “success story” du multiculturalisme canadien. Donc, je ne peux lui reprocher son point de vue, si partiel soit-il, sur le multiculturalisme. Je ne peux non plus lui reprocher de critiquer ceux qui font le choix obstiné de demeurer unilingues francophones.

Quoique… hormis le fait que je m’interroge sur la quantité de gens qui refusent encore, par obstination, d’apprendre l’anglais, il faudrait faire une nuance. Le bilinguisme individuel est bien sûr une richesse. J’en sais quelque chose. Idem pour la diversité culturelle, qui fait partie de ma réalité, moi qui suis Montréalais. Cependant, il faut arrêter de permettre à la rhétorique voulant que “c’est une richesse” de tuer les discussions à leur sujet. Comme si, parce que ces phénomènes ont des effets positifs, il serait injustifiable de songer à les baliser ou à les règlementer. Comme si ces effets positifs rendent impensable une réflexion collective quant à la différence entre le bilinguisme individuel et le bilinguisme institutionnel, entre la diversité culturelle et le multiculturalisme institutionnalisé. Il nous faut être en mesure de discuter de ces enjeux; nous ne pouvons nous permettre de leur accorder le statut de tabou. Je n’ai pas de réponse précise à donner quant au chemin que nous devrions suivre mais, à vrai dire, en ce moment, les réponses sont secondaires et elles continueront de l’être tant qu’il ne nous sera pas possible de nous poser les questions.

Peut-on avouer, quitte à faire s’échauffer les esprits, que malgré toutes les statistiques qu’on peut brandir, Montréal traverse en ce moment un phénomène d’anglicisation comme elle n’en a pas connu depuis au moins ma naissance? Je ne suis pas Jacques Parizeau 2.0, mais je dois reconnaître que, me promenant constamment dans ma ville, je la ressens, cette anglicisation. On peut penser à la difficulté croissante qu’on éprouve à se faire servir en français au Centre-Ville. Le fait de se faire servir en français à Montréal se rapproche maintenant de l’accomodement raisonnable. Quand les serveurs/caissiers voient que j’insiste pour me faire servir en français, ils obtempèrent. Mais ils ont de plus en plus le don de faire sentir ceux qui tiennent à ce que la conversation se passe en français comme des fascistes anglophobes. Je ne suis pas un anglophobe, je ne suis pas souverainiste, mais je tiens au français et je crains pour son avenir dans ma ville. Ces points de vue, apparemment contradictoires peut-être, ne sont pas mutuellement exclusifs.

Bon, je vois venir ceux qui refusent de confronter cette réalité avec leurs gros sabots. Plus d’anglos que jamais parlent français. C’est vrai et je peux en témoigner lorsque je vois les anglos de ma génération; ils le parlent presque tous. Sauf que c’est poser la mauvaise question que de demander si les gens peuvent parler français. Clairement, la réponse est oui. Mais la question à poser est la suivante: le font-ils, entre eux, lorsqu’il n’y a pas d’emmerdeur comme moi pour les contraindre à le faire? Rien n’est moins sûr.

Quelle est la solution à ce problème? Est-ce un problème? Je n’ai pas les réponses, et celles-ci seront forcément subjectives. Mais peut-on au moins en parler plutôt que d’éviter ces sujets difficiles en lançant les clichés habituels sur la richesse de la diversité linguistique et culturelle? Cette richesse, personne ne la conteste, mais encore faudrait-il avoir le droit de se demander si le bilinguisme et le multiculturalisme institutionnels sont une bonne idée et, plus pressant encore, s’ils n’ont que des impacts positifs sur la société québécoise. Si la réponse devait être non, il vaudrait la peine de se demander ce qu’il faut faire pour contrecarrer leurs effets négatifs, n’est-ce pas?

Pendant que nous réfléchissons à cela, en voici une autre: peut-on avouer que le désir de renforcer les lois visant à protéger le français ne constitue pas une croisade contre les anglophones? D’ailleurs, j’ai besoin de prendre un moment pour me défouler. Les médias anglophones du Québec, particulièrement ceux de Montréal (pas qu’il en existe des masses à l’extérieur de la métropole), doivent redécouvrir la définition du mot “professionnalisme”. Je peux comprendre que Pauline Marois et son projet de Loi 14 n’enchantent pas les anglophones. Le projet de loi contient certains éléments qui me semblent tellement compliqués à faire respecter qu’ils ne sont pas viables à moins de créer un nouveau niveau de bureaucratie totalement excessif. Bon, on s’entend là-dessus. Mais il faut s’entendre sur autre chose: le projet de loi est aussi une pâle image, une version profondément édulcorée de la Loi 101 originale. Alors, d’où vient le drame? On peut ne pas être d’accord avec une initiative du gouvernement. Mais là où il y a déconnection avec la réalité, c’est que lorsque je suis les médias anglophones, j’ai l’impression que le Québec est une province totalitaire, liberticide, raciste et que le PQ tente de perpétrer un génocide de l’anglais sur son territoire. La réalité, la voici: le PQ sait qu’il devra mettre énormémement d’eau dans son vin peu importe ce qu’il tente de faire vu son statut de gouvernement minoritaire. Ce projet de loi n’est pas grand-chose d’autre qu’une colossale opération tape-à-l’oeil. Je repose donc la question (et elle se veut rhétorique): où y a-t-il matière à ressentir l’effroi que certaines chroniques de CTV et certains op-ed de la Gazette (liste non exhaustive) semblent vouloir créer? Nulle part.

Et pourtant… La tactique de plusieurs chroniqueurs et éditorialistes de ces établissements médiatiques se résume à contester la légitimité de notre gouvernement actuel. Voilà qui est imbécile et contre-productif. “Ce gouvernement n’a que 30-quelque % des voix; 70% de la population québécoise n’a pas voté PQ”, entend-on souvent ces derniers temps. Hmm… comment exprimer mon point de vue d’une manière qui soit compréhensible pour tout le monde… Ah, je l’ai! You don’t like it? Tough shit! C’est ainsi que notre système fonctionne! Lorsque trois partis peuvent légitimement aspirer au pouvoir, il est probable que la division des votes ressemble à ce que nous voyons en ce moment. La limite au pouvoir du gouvernement actuel est assurée par son statut de gouvernement minoritaire, mais au-delà de cela, le PQ a été élu. J’aimerais simplement que ceux qui pensent que la gouvernance souverainiste est en soi illégitime le disent, plutôt que de se cacher derrière cet argument crétin et démagogique qu’ils tiennent mystérieusement mort lorsque ce sont leurs Libéraux chéris qui sont au pouvoir. Je pense que les médias anglophones ont le devoir de calmer la tempête dans un verre d’eau qu’ils ont créée et qu’à défaut de le faire, leur comportement frise l’irresponsabilité. Bon, voilà qui conclut ma montée de lait.

La communauté juridique anglophone a lamenté que l’on remplace l’expression “minorités ethniques” par “communautés culturelles”, expression qui n’a aucun statut légal en ce moment. Potentiellement, cela pourrait en effet poser des problèmes pour les droits des minorités. Mais j’ai une question:  Si l’expression “communautés culturelles” n’a pour l’instant aucun statut légal, qu’est-ce qui empêche les tribunaux de lui en donner un? On peut même voir le potentiel, étant donné le nouveau terme plus englobant, d’étaler à un plus grand nombre d’individus les droits qui auraient autrefois été réservés aux minorités “ethniques”.

Mais les souverainistes contribuent eux aussi à la faiblesse du débat. Dans la continuité de la dynamique où l’on peine à distinguer l’adversaire de l’ennemi, on tend à présenter tous les fédéralistes comme des aplatventristes prêts à accepter tous les abus du gouvernement fédéral envers les compétences provinciales. On les présente aussi systématiquement comme des défenseurs du multiculturalisme qui préféreraient voir disparaître le français que de limiter un droit garanti par la Charte.

Peut-on avouer qu’il est possible d’être fédéraliste tout en étant profondément mal à l’aise quant aux tentatives du fédéral de s’immiscer dans les champs de compétence provinciaux? Le fédéralisme dont les termes de la division des pouvoirs ne sont pas respectés est voué à des tensions qui mèneront éventuellement les entités fédérées à demeurer au sein de la fédération pour des purs motifs de convenance. Ce n’est pas sur ce genre de base que l’on bâtira une véritable unité canadienne, encore moins au Québec. Malheureusement, le fédéralisme au Québec souffre du fait que nos gouvernements fédéralistes depuis Bourassa sont effectivement coupables d’aplatventrisme envers le fédéral. On ne peut donc s’étonner que les souverainistes revendiquent avec succès le monopole de la défense des compétences provinciales; les élus fédéralistes leur laissent ce terrain sans vraiment résister depuis trop longtemps. Cependant, cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas de fédéralistes prêts à oeuvrer pour un plus grand respect de la séparation des pouvoirs. Je nous espère assez adultes pour reconnaître qu’un désaccord quant à l’attribution d’une compétence ne suffit pas à remettre le fédéralisme entier en question.

Peut-on aussi avouer qu’on peut être fédéraliste et trouver que la Charte est, à certains égards, contre-productive pour la cohésion sociale et qu’elle peut potentiellement saboter la souveraineté parlementaire? Je me prends en exemple: je suis fédéraliste, étudiant en droit et plusieurs dispositions de la Charte m’emmerdent royalement. Je déteste que la Loi 101 ait été plombée par les Chartes. Je déteste qu’une mesure aussi raisonnable et logique que la restriction à l’accès aux écoles passerelles ait été plombée également. Je déteste les accomodements déraisonnables que sont forcées de faire les provinces canadiennes au nom de la liberté de religion (voir les arrêts N.S. et Multani). Je déteste que la “Clause nonobstant” ait une portée tellement restreinte qu’elle ne peut pas adéquatement protéger la souveraineté parlementaire. Eh non, les souverainistes n’ont pas non plus, ne leur en déplaise, le monopole du désir de préserver le français.

Quel est véritablement le danger de reconnaître que fédéralistes et souverainistes pourraient peut-être accomplir beaucoup s’ils arrêtaient deux secondes de se démoniser? Ce n’est que mon hypothèse personnelle, mais je me demande sincèrement si ce n’est pas la peur d’accepter que l’autre camp puisse apporter des arguments pertinents dans le débat sur la question nationale. Je suppose qu’étant donné ces inquiétudes, le stupide dialogue de sourds qui sert de substitut à un véritable débat sur la question est réconfortant pour les élus en ce qu’il ne les force pas à aborder publiquement les vraies questions, leur évitant par le fait même d’en arriver à une réponse qui les désavantagerait. Il existe des souverainistes et des fédéralistes qui maintiennent leur position par attachement émotif. Je n’ai rien contre, mais cet attachement ne saurait bien sûr pas constituer un argument. Certains se sentent Canadiens, d’autres se sentent Québécois et cela ne risque pas de changer par le biais de l’argumentation. Je crois que tous doivent accepter, en tout fair-play, que le débat sur la question nationale porte sur de vraies questions de fond. Par exemple. l’économie du Québec deviendrait-elle comme celle de la Grèce en cas de victoire du oui? (J’en doute fort.) La souveraineté permettrait-elle de freiner le déclin du français? (Là aussi, j’ai mes doutes.)

Je pense qu’une personne aussi intelligente que Mathieu Bock-Côté peut contribuer à un argument qui s’élèverait de beaucoup au-dessus de la mêlée (pas difficile). De plus, en tant que souverainiste avoué, sa réaction à l’humour de Sugar Sammy est aussi compréhensible que prévisible (“un humoriste qui nous insulte”). Cependant, si on peut  lui reprocher une chose dans toute cette histoire, c’est de voir d’un oeil réducteur la position de Sugar Sammy sur les enjeux dont il est ici question. La position pro-bilinguisme, pro-multiculturalisme de Sugar Sammy s’explique aussi aisément. Il est d’origine indienne et a grandi avec une forte présence anglophone dans le quartier Côte-des-Neiges. Ce n’est pas surprenant qu’il favorise le multiculturalisme. On peut cependant lui reprocher d’avoir une vision archaïque des Québécois unilingues francophones. Peu de Québécois qui ne parlent pas anglais sont coupables de vouloir se “ghettoïser” par rapport au reste du pays et du monde. Certains n’ont pas de facilité pour les langues ou se sont mis trop tard à l’apprentissage de l’anglais et d’autres vivent dans des régions du Québec où l’anglais n’est simplement pas très présent. Il n’y a aucune mauvaise volonté, aucune peur de “l’autre”, aucune haine de l’anglais là-dedans. Sugar Sammy devrait tenir compte de cette réalité.

Cela dit, j’admire aussi l’affection que Sugar Sammy porte à la langue française. Enfant de la Loi 101, il aime et respecte de façon manifeste le français et je ne doute pas qu’il a à coeur de le préserver. Si tentante que soit l’idée de lui prêter des intentions, force est de constater que la position de l’humoriste est plus nuancée que ne veut l’admettre Mathieu Bock-Côté. Ce dernier a dit que si Sugar Sammy représente l’avenir du Québec, que le Québec n’a pas d’avenir. Je peux penser à bien des gens qui me font articuler cette même pensée, mais Sugar Sammy n’en fait pas partie. Il représente une belle fusion entre le multiculturalisme et la Loi 101. Si tous les immigrants s’intégraient comme Sugar Sammy, Mathieu Bock-Côté en aurait probablement moins à dire qu’il ne le fait actuellement sur les ratés du multiculturalisme. Malheureusement, ce n’est pas le cas.

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