“La Fin de L’État de Droit?”: Critique et réflexions

Avant de procéder, attaquons-nous à cette idée que je pourrais être biaisé étant donné que l’auteur de ce livre, Frédéric Bérard, est mon professeur. C’est intéressant. Bérard, au lancement du livre, racontait une histoire cocasse. Sa fille, lorsqu’elle avait quatre ou cinq ans, lui avait servi toute une leçon d’humilité alors qu’il avait publié (je crois) son premier livre. Après qu’il lui ait demandé si elle était fière du fait que son père ait publié un livre, elle lui répond par la négative. Sentant peut-être son père quelque peu heurté, elle ajoute: “Non mais Papa, ne prends pas ça mal ! Regarde dans la librairie, tout le monde en écrit, des livres!”  Cette honnêteté est un trait de sa fille que Frédéric Bérard dit chérir tout particulièrement. Donc, rassurez-vous, chers lecteurs. Je ferai preuve envers lui de la même honnêteté. 

La Fin de l’État de Droit? est un livre adroitement rédigé et édité, dont l’une des maintes qualités est qu’il trouve le moyen de dire beaucoup en assez peu de mots. C’est un essai (ou pamphlet, si l’on se fie à son éditrice) qui soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Cependant, cela est approprié dans les circonstances, car ce livre, dont le titre donne dans la provocation, pose lui-même une question. La démarche de Bérard consiste donc à soulever des questions à partir de constats qu’il dresse, soit dit très lucidement. En quelque sorte, il partage ses préoccupations avec le lecteur et le laisse en faire ce qu’il voudra.

Contrairement à ce que peut suggérer le titre, l’auteur ne déplore pas l’avènement de la fin de l’état de droit, mais plutôt son érosion. La première partie comporte des exemples de violation des droits et libertés garantis au Canada. Ces cas sont donc puisés à même la politique canadienne, tant nationale qu’internationale, ainsi qu’au Québec spécifiquement. Certains sont assez évidents et déplorés par tous ou presque. On pense, entre autres, à la déplorable attitude des gouvernements canadiens quant au traitement infligé à Omar Khadr, les Libéraux ayant été pouvoir au moment de son incarcération et les Conservateurs refusant de le rapatrier de l’immonde prison de Guantanamo. L’auteur revient aussi sur la très inconstitutionnelle Loi 12 adoptée par le gouvernement Charest lors de la grève étudiante de 2012.

On pourrait être porté à dire que cette première partie constitue la section « lancer franc » du livre, dans la mesure où le caractère inacceptable de ces violations ne provoquera pas la plus grande remise en question chez ceux qui se les remémoreront. L’outrage est assez généralisé en ce qui concerne ces violations (oui, même envers la Loi 12, dont les défenseurs arguaient la nécessité bien plus que la constitutionnalité). Cependant, ces outrages aux droits fondamentaux ont bel et bien eu lieu et représentent des affronts très sérieux à des droits trop souvent tenus pour acquis.

La deuxième partie, peut-être en raison de ma formation de journaliste, est de loin celle qui m’a le plus intéressé. Dans cette section, Bérard soumet la convaincante thèse que le populisme ainsi que le « tribunal médiatique », qui représente une des ses plus puissantes incarnations, ne font pas que baisser le niveau du débat public, mais sont aussi responsables de violations de droits fondamentaux, notamment celui à la présomption d’innocence. Sa première cible, à laquelle il s’attaque de façon virulente, est la Commission Charbonneau. Il soulève, avec raison d’ailleurs, que certains des voyous les plus invétérés qui existent à proximité de notre appareil politique se voient soudain attribuer une crédibilité pratiquement sans tache dès qu’ils ont l’obligeance d’accuser quelqu’un d’avoir agi illégalement. Ces perles d’honnêteté, il convient de le rappeler, viennent  de gens qui reconnaissent pour la plupart avoir été corrompus. Or, il n’existe pas droit, à proprement parler, d’être entendu à la Commission Charbonneau, pas même pour répondre à une allégation lancée par un menteur en série. Là où Bérard est habile, c’est qu’il force le lecteur à réfléchir à son rapport avec le tribunal médiatique de par le fait qu’il opte pour le cas de la démission forcée de l’ex-maire de Montréal Gérald Tremblay en guise d’illustration. J’ai trouvé le choix intéressant, non seulement parce qu’il met en évidence le problème aussi bien qu’on puisse le faire, mais aussi parce que peu de gens ont dû faire leur deuil de Tremblay lorsqu’il a quitté la mairie. Le lecteur tient-il à l’état de droit en tout temps ou seulement lorsque l’état de droit « fait son affaire » ?

La troisième partie, quant à elle, traite de la violation de la séparation des pouvoirs décrétée par la Loi constitutionnelle de 1867. Bien que cette section puisse sembler plus technique au lecteur non-initié au droit, les liens à l’actualité permettent à tous de ne pas perdre le fil. Dans cette section, l’illustration du danger de la personnalisation du pouvoir à travers l’exemple du maire Régis Labeaume en rejoindra plusieurs et, qui sait, leur fera peut-être comprendre leur malaise envers ce personnage presque napoléonien.

En ce qui a trait à la forme, le lecteur appréciera le style épuré, qui reflète le statut de chroniqueur de Bérard. L’auteur lui-même avoue que son éditrice l’a forcé à constamment vulgariser son propos, à tel point que le livre aurait été écrit avec la visée d’être compris d’un enfant de douze ans. Tous les étudiants de droit qui le liront apprécieront sa simplicité, contraste frappant avec la lourdeur caractéristique de l’écriture des jugements et de la « doctrine » légale, qui sont parfois brutalement soporifiques.

Plusieurs passages regorgent aussi d’un sarcasme bien senti, potentiellement lassant pour certains lecteurs qui n’affectionnent pas ce genre d’humour, mais que j’ai pour ma part bien apprécié, vu ma propension à moi-même l’utiliser.

Réflexions additionnelles

Dans la postface qu’il signe, le chroniqueur politique de La Presse Vincent Marissal nous rappelle que le véritable rempart contre les dérives de la démocratie est l’état de droit. Marissal ajoute que nos gouvernements tendent à le traiter au mieux avec légèreté, au pire avec hargne. Nous devrions nous soucier de cela, dit-il. Bérard et lui ont raison, bien sûr. Cependant, bien que je sois d’accord eux, il y a deux points du livre sur lesquels je tiens à mettre un bémol.

Je pense à la flèche que Bérard tire en direction du chroniqueur/sociologue Mathieu Bock-Côté (assez prévisible lorsqu’on connait Bérard). Il reproche à MBC, comme ce dernier commence à être affectueusement connu, sa chronique où il déclare que l’islamophobie est un concept frauduleux. Ayant lu la chronique en question, je sens le besoin de mettre un peu d’eau dans le vitriol de mon professeur.

L’islamophobie est bien sûr un phénomène réel et MBC a été mal avisé d’articuler sa pensée ainsi. Cependant, je défendrai Bock-Côté, du moins partiellement, dans la mesure suivante. Si l’islamophobie existe, il m’apparait toutefois que certains d’entre nous tendent à brandir le terme un peu facilement lorsque quelqu’un exprime son appui à la Charte des valeurs du Parti québécois (à laquelle Bérard consacre son épilogue) ou des réserves quant à certains préceptes de l’Islam. Autrement dit, il existe bien évidemment des crétins qui craignent l’Islam par ignorance. Cependant, il me semble possible que quelqu’un puisse poser des questions sur l’impact de l’Islam sur la société québécoise, si son nombre de fidèles devait augmenter, sans pour autant qu’on puisse dire de cet individu qu’il carbure aux phobies. Se pourrait-il que des réserves envers l’Islam (et envers n’importe quelle autre religion d’ailleurs) et envers sa doctrine émanent non pas de préjugés, mais de post-jugés, c’est-à-dire d’une réflexion adéquate et rationnelle ? Bérard répond que c’est au gouvernement de prouver l’existence d’un problème (par rapport au voile, spécifiquement), pas à lui de prouver que ce problème n’existe pas. Puisqu’il est ici spécifiquement question de la Charte, je comprends le caractère restrictif de sa réponse.

J’avais cependant déjà commencé à grincer légèrement des dents avant cela. L’auteur déplore l’idée que l’islamophobie soit devenue respectable. Évidemment, si on formule la chose ainsi, difficile de répondre que de décomplexer les islamophobes serait une bonne chose. Ma question à Bérard : que faire des athées qui trouvent répréhensibles certains diktats clairement énoncés de l’Islam et qui l’expriment ouvertement ? Je ne parle pas de gens comme Louise Mailloux, candidate du PQ qui a (heureusement) peu de chances de battre Françoise David dans Gouin et qui a décrit comme du viol le baptême et la circoncision. Mais si devait surgir au sein du paysage intellectuel québécois un Michel Onfray, par exemple, qui attaquerait l’Islam de façon aussi frontale que le fait Onfray dans son Traité d’Athéologie, devrait-on le marginaliser et le pousser à l’autocensure ?

Dans un ordre d’idées semblable, la position de Bérard en ce qui a trait à la déclaration du sénateur Boismenu, qui suggérait qu’on laisse aux meurtriers un nœud pour qu’ils puissent se pendre dans leur cellule s’ils le veulent, mérite d’être tempérée. Que Bérard trouve cette déclaration non seulement maladroite, mais « morbide, revancharde et peut-être même illégale » s’entend aisément. Toutefois, j’accroche lorsque Bérard dit que le caractère problématique de cette idée se situe dans le simple fait de la penser. Je suis désolé mais, à mon avis, cet énoncé va trop loin pour deux raisons. D’abord, parce que je n’aime pas le fait de proscrire la pensée, quelle qu’elle soit. Il y a une forte différence entre penser quelque chose et convertir sa pensée en action. Notre système de justice criminelle, par exemple, de par son exigence qu’il y ait mens rea, reflète la reconnaissance de cette différence. De plus, l’expérience du sénateur ne peut, selon moi, servir à justifier qu’il ait émis ouvertement et publiquement ce sordide songe, mais elle peut justifier qu’il l’ait pensé. Qu’il ait gardé pour lui-même cette sinistre idée m’aurait suffi. Cependant, je déplore, tout comme Bérard, qu’il n’ait pas eu le jugement et la retenue de faire cela. C’est ce manque de retenue, je crois, plutôt que le simple fait que l’idée lui soit venue à l’esprit, qui le rend indigne d’occuper son poste.

Malgré tout, La fin de l’État de Droit ? est une lecture fort intéressante que je recommanderais tant pour la pertinence de son propos que pour son accessibilité aux non-juristes. Sans être nécessairement la solution miracle pour assurer que notre société soit morale – car l’état de droit n’est pas intrinsèquement moral, pas plus que la démocratie, d’ailleurs – l’état de droit demeure néanmoins un pilier, sinon LE pilier, de notre « société libre et démocratique ».

Alexandre Trudeau, qui signe la préface du livre, parle de l’état de droit comme d’un idéal. L’idée a quelque chose d’à la fois philosophique et poétique, mais j’ajouterais que si l’état de droit peut être un idéal, c’est qu’il est avant tout un principe. Nos principes sont des filtres qui affectent la façon dont nous percevons les rapports entre les individus et, à la longue, ils influencent notre rapport à la société et au monde.

L’état de droit a aussi comme qualité, à l’instar de tout bon principe, une certaine neutralité (hormis la soumission du politique au contrôle judiciaire) ; ni la gauche ni la droite ne peuvent le revendiquer comme leur appartenant. On peut dire la même chose du livre, ce qui est une de ses grandes forces et qui lui apporte une considérable plus-value par rapport à des ouvrages potentiellement plus partisans. C’est que Frédéric Bérard comprend que l’important n’est pas tant CE QUE l’on pense mais bien COMMENT on pense et qu’en ce sens, les principes ont une profondeur et une universalité qui leur confèrent un potentiel d’immortalité que n’auront jamais les simples opinions passagères sur les sujets du moment. Bérard soumet que c’est donc comme principe que nous devons voir et estimer l’état de droit, idée qui, pour quiconque lit le livre, est difficile à contredire.

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The Big Shift: Critique et réflexions

The Big Shift, du sondeur Darrell Bricker et du correspondant politique du Globe and Mail John Ibbitson, est un livre absolument fascinant. Chaque Québécois devrait le lire. Son contenu est essentiellement une représentation de l’orientation politique et démographique du Canada qui serait extrêment lourde de conséquences pour le Québec et pour le Canada si elle devait être fondée. Malheurseument, mes recherches sur internet n’ont déniché aucune traduction française.

La prémisse du livre: il existe un groupement d’individus qui ont historiquement dominé la politique canadienne. Les auteurs baptisent ce groupe le “consensus laurentien”. Le consensus, disent-ils, “forment l’épine dorsale de la pensée politique et culturelle canadienne” (Je traduis). Bricker et Ibbitson nous listent ceux qu’ils considèrent comme  les figures les plus importantes de ce consensus, notamment Pierre Trudeau, René Lévesque, Margaret Atwood, André Pratte, Lucien Bouchard, Marshall McLuhan, Henri Bourassa et George Grant*.

On le devine aisément étant donné l’adjectif laurentien: les auteurs font ici référence à une élite originaire des alentours du St-Laurent, c’est-à-dire de l’Ontario et du Québec, qui dirige le pays pratiquement depuis sa conception. L’hypothèse n’est pas farfelue, mais elle n’est pas innovatrice non plus. Il est clair que, les gouvernements canadiens ayant souvent été dirigés par des Ontariens ou des Québécois et le Parti libéral du Canada ayant toujours été le “natural governing party” du pays, la direction politique du Canada était dictée par la gestion de l’axe Ontario-Québec.

Sauf qu’aux dires des auteurs, le Consensus laurentien aurait été dépossédé de son pouvoir;  sa déliquessence serait simplement masquée par le fait que le leadership laurentien serait encore très prévalent dans les sphères intellectuelles du pays, particulièrement dans les domaines universitaire et médiatique. Pendant que les “Laurentiens” afficheraient ouvertement leur déni, le transmettant à tous ceux dont ils ont l’oreille attentive, le pouvoir au Canada continuerait de se déplacer vers un nouvel axe composé de l’Ouest canadien et des banlieues ontariennes. L’élection fédérale de 2011, qui a vu les Conservateurs de Harper finalement obtenir leur gouvernement majoritaire, serait la concrétisation de ce phénomène, le Big Shift.

Bricker et Ibbitson multiplient les perspectives intéressantes, notamment quant aux motivations du gouvernement Harper derrière certaines de ses politiques. Les membres du consensus laurentien ont décrit ces politiques comme des exemples de la dangerosité de Harper; ces politiques étaient idéologiques et visaient à faire plaisir à sa base d’extrême droite libertaire et religieuse. Par exemple, lorsqu’un député “backbencher” du gouvernement Harper a tenté de ramener la question de l’avortement en chambre, beaucoup y ont vu une tentative de prohiber l’avortement par la bande. Pour Ibbitson et Bricker, cependant, le Premier Ministre a compris que le rejet de certaines idées de droite (interdiction de l’avortement, rétablissement de la peine de mort) font consensus au sein de la population canadienne. Harper serait donc, selon les auteurs, sincère dans son intention de ne pas relancer ces débats.

Aussi, on ne peut qu’être intrigué par l’idée que l’Ontario, qui a gagné sa majorité à Harper en 2011, serait en train de devenir une province pacifique plutôt qu’atlantique. On ne parle parle pas géographiquement, bien sûr, mais du fait que, selon les statistiques, le Canada fait venir par voie d’immigration, depuis 1980, l’équivalent de la population de Toronto chaque 10 ans et que l’immigration issue de pays asiatiques comme la Chine, l’Inde et les Philippines s’est majoritairement raliée aux Conservateurs. “Leurs cousins”, écrivent les auteurs, “habitent Calgary ou Vancouver, pas Ottawa ou Montréal.” Par conséquent, ils ont un plus grand sentiment d’appartenance envers l’Ouest qu’envers l’Est du pays.

Je dois également avouer que j’ai fortement grincé des dents à la lecture du chapitre particulièrement juste sur le fait que le dédain du monde des médias à l’égard de Stephen Harper n’affecte pas vraiment l’univers politique canadien. Je me suis fortement reconnu dans la description des pourfendeurs de Harper que font les auteurs et je ne peux qu’espérer qu’ils ont raison de tenter de tempérer la hargne de ceux qui croient que Harper n’a pas seulement tort, mais qu’il est dangereux.

Cependant, The Big Shift n’est pas un livre parfait, loin de là. D’ailleurs, le concept de “Consensus laurentien” constitue à la fois une de ses qualités et aussi un de ses principaux défauts. Les auteurs le définissent plutôt vaguement, rendant ardue la tâche de bien cibler tout ce qui en fait partie. Le fait de s’en prendre à un archétype n’est pas problématique en soi. Ce qui me dérange, cependant, est qu’il est possible, étant donné l’élasticité de la définition, d’y inclure tous ceux qui seraient en désaccord avec la thèse des auteurs, les accusant de nier la réalité.

Un autre problème est que, malgré que les auteurs se prétendent neutres quant à la transition qu’ils décrivent, on décèle une joie et une satisfaction qui en viennent à être malaisantes. Ce n’est pas que les auteurs n’ont pas le droit de penser que le changement qu’ils décrivent en est un positif. C’est qu’ils rendent difficile pour le lecteur de croire à leur prétendue neutralité lorsqu’il lit certains passages du livre. C’est un peu comme les gens qui commencent à énoncer leur opinion en disant “je ne suis pas raciste, mais…” Je repense entre autres au chapitre vitriolique consacré aux Maritimes et à leur économie saisonnière. On veut bien que l’économie des provinces de l’Atlantique nécessite des réformes, mais si les auteurs s’étaient déclarés les porte-voix de ceux qui croient que le fédéral devraient couper les vivres aux travailleurs saisonniers lors de leur période d’inactivité, ils auraient difficilement pu incarner la position avec plus de conviction.

Bien sûr, le Québec n’échappe pas au tir groupé des auteurs. La belle province aurait une économie vieillissante et vétuste, plombée par les exigences linguistiques de nos lois en matière d’immigration et par la corruption de nos politiciens. Il est difficile de ne pas conclure que, pour les auteurs, le français coûte trop cher au Québec, thèse à laquelle s’empresseraient de faire écho certains chroniqueurs d’un quotidien montréalais dont nous taierons le nom. Malgré la manifeste hostilité de beaucoup de Québécois à l’égard du gouvernement Harper, les auteurs formulent l’hypothèse que les Conservateurs pourraient faire des gains importants au Québec en capitalisant sur le désir de politiciens “propres” de la population québécoise. J’ai trouvé la prémisse sur laquelle s’appuie cette spéculation moins que convaincante.

L’avenir du Québec si les auteurs devaient avoir raison

Disons, pour alimenter la discussion, que les auteurs ont raison quant à la véracité du Big Shift. Quel avenir y aurait-il pour le Québec dans un Canada définitivement dominé par l’ouest? Je serais porté à dire que la réalisation que le Big Shift est réel forcerait les Québécois à choisir pour de bon leur camp. Depuis un moment, les Québécois votent au fédéral de façon à ne pas s’engager complètement dans l’une des deux voies qui s’offrent à eux. Jusqu’à 2011, cette tendance était incarnée par le Bloc québécois, quoique le Québec ait choisi, en 2011, de lui retirer ce flambeau pour le passer au NPD. Le Bloc, conçu pour être un élément perturbateur des opérations du gouvernement fédéral, est devenu une manière de ménager la chèvre et le chou des préoccupations des Québécois. En votant pour le Bloc, on s’assurait de ne pas avoir à faire le saut que représenterait un vote pour la souveraineté tout en rendant clair le mécontentement du Québec à l’égard du traitement que lui réservait le gouvernement fédéral.

Fort bien, mais d’un point de vue stratégique, cette position est appelée à devenir de plus en plus intenable ou, à tout le moins, futile (si elle ne l’était pas déjà). Indépendamment de la véracité de leur thèse, les auteurs ont parfaitement raison de faire remarquer que la gouvernance du consensus laurentien était animée par le sentiment que le Canada était un pays fragile. Les politiciens laurentiens se refusaient à avouer que le Canada était une réalité géographique bien plus que nationale, mais gouvernaient comme s’ils en étaient convaincus. Cela se traduisait par une forte sensibilité à la question de la meilleure manière de gérer le rapport du reste du pays avec le Québec. Ce “nouveau Canada” dont parlent les auteurs ne voit cependant pas les choses ainsi.

Pour les nouveaux Canadiens, le pays est un véritable symbole de fierté, peu ou pas du tout plombé par le complexe d’infériorité par rapport aux Américains si commun aux Laurentiens. Les Pierre Falardeau de ce monde disaient souvent que les Québécois devraient arrêter de s’excuser d’exister. Les nouveaux Canadiens ont adopté cette mentalité à l’égard de leur pays et, comme le poids du Québec diminue au sein du Canada à pratiquement tous les niveaux, on remarque une indifférence accrue des Canadiens, particulièrement ceux de l’ouest, quant au sort du Québec. Comme ce “nouveau Canada” n’a pas besoin du Québec pour fonctionner (comme nous le montre le résultat électoral de 2011), on voit déjà que le mécontentement québécois est une situation de moins en moins importante au Canada en ce qu’il requiert de moins en moins de compromis.

Devant cette indifférence, les Québécois ne pourront plus se contenter d’être les spécialistes de japper sans mordre. Il devront choisir un camp. Soit ils acceptent de faire partie pour de bon du Canada et d’en accepter les idéaux, soit ils choisissent de se séparer. Le nationalisme québécois est peut-être à son plus bas depuis un bon moment, mais les Québécois devront se poser de très sérieuses questions quant à leur avenir au sein d’un pays dans lequel leur influence est décroissante. Si le nouveau Canada est un projet aussi prometteur que l’indiquent les auteurs, le Québec pourrait en bénéficier. Cependant, on ne peut que remarquer le fossé entre les préoccupations du Québec et celles des provinces dont les intérêts gouvernent le Canada à l’heure actuelle. Le vote pour le NPD, que le Québec a mandaté pour faire le travail du Bloc, illustre cette divergence. Cela dit, je ne peux concevoir comment cet état des choses est tenable. Le Québec peut bien utiliser le NPD pour se donner une voix et le parti peut être content d’avoir réussi le meilleur résultat de son histoire, mais on ne peut qu’anticiper, à moyen ou à long terme, le déchirement de cette formation politique actuellement utilisée par les Québécois pour protester mais qui aspire éventuellement au pouvoir et qui reste fondamentalement canadienne.

Y a-t-il une solution? Les auteurs suggèrent la nécessité d’une alliance sinon d’une fusion avec des Libéraux déconnectés de la réalité canadienne et dont les liens avec le Québec pourraient être irréparables. L’idée n’est pas nouvelle. L’excellente Chantal Hébert l’avait évoquée dans son livre French Kiss: Le Rendez-vous de Stephen Harper avec le Québec, dont le titre est peu révélateur du propos de l’oeuvre. Si Ibbitson et Bricker pensent, comme moi, que les Libéraux et les néo-démocrates pourraient difficilement fonctionner ensemble, ils ont raison, je pense, de dire que la seule force politique capable de rivaliser avec les Conservateurs au cours du XXIème siècle serait une alliance des éléments progressistes du pays. Après tout, les Conservateurs que nous subissons aujourd’hui ne sont rien d’autre que la droite canadienne unie, union dont la nécessité était devenue manifeste si un parti voulait déloger les Libéraux du pouvoir. Maintenant, la gauche du Canada doit s’unir comme sa droite l’a fait sous peine d’être reléguée à un séjour prolongé dans l’opposition. C’est dans cette perspective, je pense, que la majorité québécoise pourrait être appelée à finalement se réapproprier un rôle important au sein de la fédération canadienne. La droite québécoise, quant à elle, devrait travailler à augmenter son poids au sein du parti conservateur, ce que, si l’on se fie à ses tentatives de séduction passées, Harper accepterait volontiers et que son successeur serait bien avisé de faire également. Si ces possibilités devaient ne pas satisfaire les Québécois, le fait de rester au sein du Canada serait complètement illogique étant donné le caractère intenable de la situation actuelle. Quoiqu’il en soit, si Ibbitson et Bricker devaient avoir raison, le Québec devra sortir de sa zone de confort, d’une manière ou d’une autre.

* Si éclectique que soit cette liste, on ne peut que se surprendre de l’inclusion du nom de Grant, particulièrement lorsque l’on en vient à comprendre ce qu’entendent les auteurs par l’expression “Consensus laurentien” qu’ils utilisent. Après tout, c’est Grant qui avait écrit le livre “Lament for a Nation” après que les Libéraux aient ravi le pouvoir aux Conservateurs de John Diefenbaker en 1965. Le livre est considéré à ce jour comme un “must” pour les étudiants de sciences politiques canadiens. Cela reste vrai malgré que, dans sa thèse selon laquelle ce rejet de Diefenbaker rendait inévitable l’assimilation du Canada par les États-Unis puisque ce rejet représentait selon Grant l’élimination des caractéristiques qui nous en distinguent (notamment le fait de s’identifier à nos origines britanniques), Grant se soit visiblement trompé. Il n’en demeure pas moins que les Conservateurs de Stephen Harper gouvernent à partir d’une vision du Canada, avec l’affichage au grand jour de leur sentiment d’appartenance avec la Grande-Bretagne, qui s’apparente manifestement à celle dont Grant lamentait la disparition. De là ma surprise de voir son nom se trouver sur la liste de Bricker et d’Ibbitson en compagnie des Trudeau et Atwood de ce monde.

Réflections sur “la Charte des valeurs”

Pendant toute ma session d’automne en droit, j’y ai pensé et y ai résisté. Que dire, donc, de cette fameuse Charte de la laïcité ou des valeurs québécoises ou du nom d’environ 1800 mots qui lui a finalement été donné. Juste comme je commençais à croire que le sujet ne serait plus vraiment d’actualité et que je serais en retard sur le cycle des nouvelles si j’en parlais dans une chronique sur mon blogue, Maria Mourani sort du placard et déclare qu’elle n’est plus indépendantiste. La question de savoir si elle l’a déjà été en est une que je laisse aux souverainistes. Pour ce qui est de la Charte, j’étais dû pour en parler, faut croire. Alors allons-y.

Je vous avertis: sur la Charte elle-même, je n’aurai pas grand-chose d’original à dire. C’est une des raisons pour lesquelles je n’en avais pas vraiment parlé avant maintenant. J’ai devant moi cette fameuse Charte. Son contenu, à part pour trois articles, tout au plus quatre, n’est pas matière à controverse. Ce sont d’ailleurs ces articles seulement qui seront contestés devant les tribunaux. Pour le reste, on parle du gros bon sens 101, qui aidera à baliser les “accommodements raisonnables”.

Je disais donc que ma position sur la Charte n’a rien d’original. Je pense que, pour reprendre la formule syntaxique du PQ, le fait d’interdire aux employés de l’état qui incarnent son pouvoir de sanction de porter des symboles religieux “ostentatoires” est parfaitement acceptable. Je suis moins enthousiaste à l’idée d’étirer cela aux éducatrices de CPE, aux infirmières et ainsi de suite. Au cours des débats, la plupart mauvais, qui ont concerné la Charte, l’argument voulant qu’elle aura un effet pervers sur l’accès à l’emploi de ceux qui arborent de tels symboles est celui qui me touche le plus. J’espère que personne n’est assez insensé pour sciemment souhaiter qu’on empêche les gens d’être des travailleurs productifs s’ils sont capables de l’être. C’est sur ce point que la Charte ne réussit pas à me convaincre.

Comment y rémédier? En répondant d’abord à quelques questions. Ce fameux droit de retrait devrait-il exister? Si oui, sa durée devrait-elle être limitée? Sauf que rendu là, on est dans les détails et ça, ça se discute. Sur des points comme ceux-là, il y a moyen de moyenner, comme on dit, en ce qui a trait à la portée de la Charte, de façon à ce qu’elle convienne à plus de gens.

Ça a l’air simple, non? Le problème est que personne n’est véritablement à la table publique des débats pour négocier ces caractéristiques précises de la Charte. Ce qui me mène à ce dont je voulais véritablement parler, c’est-à-dire la pauvreté navrante du débat à son sujet. (Je dois commencer à vous tanner avec ça, moi qui parle constamment de pauvreté de débat.)

La rectitude politique

J’aime l’idée qu’on encadre la liberté de religion de façon à restraindre sa capacité à court-circuiter les projets collectifs. À mon sens, le collectif devrait avoir le droit de déclarer certaines valeurs, véhiculées explicitement ou implicitement, malgré toute interprétation rassembleuse de la part de leurs adeptes. Mais…

Avez-vous repéré mon petit sous-entendu ici? À quelle religion pensez-vous que je faisais allusion en formulant le paragraphe précédent comme je viens de le faire? C’est l’un des problèmes dans la façon dont le PQ a présenté la Charte. On nous a dit qu’il était question de neutralité religieuse. An-han… Même les moins perspicaces d’entre nous auront compris que le gouvernement n’a rien à cirer des crucifix et des kippas; c’est à l’Islam et aux voiles qu’il s’attaque.

Au départ, le ministre Drainville, qui a joué le rôle de professeur d’école primaire pour promouvoir sa charte, se refusait à l’admettre. On me dira qu’il l’a fait par la suite. Les anglos diraient “sort of”. Il l’a fait, en quelque sorte, mais pas sans équivoque. Le PQ peut difficilement travailler autant dans le non-dit, parler autant en paraboles et ensuite se plaindre que certains ont alimenté la phobie de la Charte. S’il y a des préceptes de l’Islam que le gouvernement péquiste considère fondamentalement incompatibles avec la vision de l’identité québécoise que celui-ci veut promouvoir, je voudrais l’entendre le dire.

Alors pourquoi tant de retenue?

Parce que nous savons tous, peut-être sans nous en rendre compte, que dans notre société, comme dans la plupart des démocraties libérales, une idéologie extrêmement forte est celle qu’on peut appeler le “discours modéré” envers les religions (ci-après discours modéré). Cette idéologie consiste à dissocier les religions de leurs incarnations les plus extrêmes. C’est ainsi qu’on en est venu, par exemple, à départager les musulmans des “islamistes”. Cette logique naïve pose plusieurs problèmes qui pourraient aisément faire (et feront peut-être) l’objet d’un chronique séparée. Attardons-nous donc seulement à celui qui nous concerne dans le cas de la Charte, c’est-à-dire le fait qu’il renforce la poigne de fer qu’a sur nous la rectitude politique comme peu d’autres phénomènes sociaux le font. Aujourd’hui, au Québec (et particulièrement à Montréal), le fait de critiquer ouvertement une religion heurte à tel point notre psyché collective que des politiciens comme Bernard Drainville, qui est en plus un ancien journaliste donc mieux placé que quiconque pour le savoir, n’oseront jamais véritablement le faire de peur de faire face aux conséquences électorales de leur “écart moral”. Ce qui est embêtant pour le PQ, c’est que bien que prisonnier du discours modéré, il tente néanmoins d’exploiter le malaise assez répandu au Québec par rapport à l’Islam tout en refusant d’avouer qu’il le fait.

Repensons à Benoit Dutrisac, qui n’est franchement pas mon animateur préféré, et au scandale qu’il avait causé par sa critique de l’Islam. Qu’avait-il fait de si objectivement grave à part manquer nettement de classe dans sa façon d’exprimer sa désapprobation de l’Islam? Était-ce vraiment seulement la forme de son discours qui posait problème ou l’inacceptabilité du fond de son propos était-elle à ce point convenue qu’elle justifiait, “par principe”, son renvoi? On n’aura jamais les réponses à ces questions, mais elles sont révélatrices d’une logique de rectitude politique dont les politiciens québécois sont aujourd’hui prisonniers.

Alerte à l’hypocrisie 

Que les politiciens s’accusent entre eux de faire de la petite politique est aussi risible que prévisible. Là où je grince des dents, par contre, c’est lorsque je remarque la logique “deux poids, deux mesures” qu’emploient souvent les gens qui accusent aujourd’hui le PQ de “pratiquer une politique de division”, de “tenter de mobiliser la majorité contre la minorité” et qui nous balancent sans cesse tous les autres clichés du genre.

Je n’ai aucun problème à ce que les gens accusent le PQ d’instrumentaliser sa charte à des fins électoralistes, car il est clair qu’il le fait. Cependant, si ces gens veulent s’engager dans la voie de la critique du PQ, il m’apparait qu’ils doivent aussi accepter d’endosser sa corrolaire, qui est la suivante: tout député libéral qui faisait partie du gouvernement Charest et qui accuse aujourd’hui le PQ d’instrumentaliser un sujet sensible à des fins électoralistes est coupable de l’hypocrisie la plus totale. Après tout, ces mêmes libéraux ont pratiquement ré-écrit le manuel d’instruction sur la manière d’exploiter un tel sujet pour se manufacturer des votes l’an passé lors de la grève étudiante. Tant qu’à moi, ces gens doivent se clouer le bec lorsque les accusations d’électoralisme leur viennent à l’esprit.

Navré pour les idéalistes, mais c’est l’une des imperfections de notre système démocratique que de rendre payantes les tactiques électoralistes polarisantes comme la Charte des valeurs ou l’augmentation des frais de scolarité. Je ne doute pas un instant que chaque sondage, chaque étude réalisée par nos partis politiques leur dit que de telles stratégies sont payantes au moment des élections et tant que ce sera le cas, les gouvernements péquistes, libéraux et (ahem… lol) caquistes continueront à le faire. Si la population souhaite mettre un terme à de telles pratiques, elle le peut, mais elle devra foncièrement renier ses allégeances électorales et voter pour des partis qu’elle n’aurait pas autrement considérés. De toute façon, je ne retiens pas mon souffle; mes attentes sont basses envers notre société sur ce point.

Le sens de l’exercice démocratique

Je déprime aussi lorsque j’entends les gens crier à la “politique de la division”. L’expression me semble être un pléonasme presque vicieux. Départager les gens selon leurs croyances, leur proposer les options susceptibles de leur plaire et décider des priorités à adopter en fonction de ces considérations, n’est-ce pas cela l’exercice politique démocratique?

Le commentaire le plus navrant que j’ai entendu au sujet de la Charte consistait à dire que de tels sujets sont trop émotifs pour qu’on en décide le sort en élections. Petite question pour tester votre mémoire: qui a proféré une telle sottise? Philippe Couillard? Non. Un drône, excusez-moi, ministre de Stephen Harper? Nul point. Maria Mourani? Guess again! Qui est-ce donc? La réponse: Françoise David.

J’aime bien madame David, mais si sa simple déclaration ne vous semble pas problématique, cela illustre l’ampleur du problème. Le simple fait de rephraser cette proposition en illustre l’absurdité. Si je disais que nous devons avons avoir le contrôle des orientations de notre société sauf pour les questions fondamentales concernant notre identité en tant que peuple, quel abruti accepterait cette proposition? Si nous avons internalisé la notion que des débats chauds, importants, polarisants doivent se dérober au vote démocratique, nous en sommes au stade ou nous devons avouer avoir en quelque sorte rejeté la démocratie en soi.

Si ce n’est pas pour proposer des solutions à ces problèmes épineux et les soumettre au peuple afin de voir ce qu’il en pense, pourquoi diable nos taxes paient-elles votre salaire, Mme David? C’est ce que nous attendons de vous. Si ce n’est pas pour contribuer à nos orientations fondamentales, quelle est l’utilité de vous avoir à l’Assemblée nationale, vous et tous vos confrères des autres partis? Si la chose politique d’aujourd’hui se limite à la simple gestion des avoirs et des ressources, alors nous l’avons véritablement abandonnée. Or, si nous l’avons fait, il ne faut pas s’étonner qu’elle nous ait abandonnés en retour.

La regrettable remarque de Mme David illustre aussi l’importance de s’interroger sur le sens que nous donnons au consensus que nous recherchons aussi activement. Je ne suis pas en train de promouvoir un état de guerre civile perpétuelle ou d’absence totale de paix sociale. Je dis qu’il nous faut nous désensibiliser aux débats sensibles. Il nous faut apprendre à outrepasser notre haine de la confrontation. Le consensus doit être le produit d’une discussion animée, mûre et réfléchie, pas un spectre servant à l’empêcher. Toute cette discussion est tellement québécoise; ce que nous ne ferions pas pour éviter la moindre forme de conflit. Plutôt que de mener l’exercice parfois inconfortable du débat, nous préférons nous replier dans notre petit nombril.

Le problème est que cette mentalité a, de toute évidence, atrophié notre capacité à débattre en société. Et après, on s’étonne de ne pouvoir le faire que maladroitement. On s’étonne de voir Bernard Drainville prétendre souhaiter un débat serein sur la question et ensuite, lors d’une discussion sur la Charte à Longueuil, répondre à une dame quelque chose comme “vous avez votre opinion, j’ai la mienne, ça ne sert à rien que j’en débatte avec vous.” On s’étonne que la CAQ existe, elle qui se targue d’évincer les valeurs de la politique et de la réduire à sa logique gestionnaire. Le débat est un exercice intellectuel. Comme tout exercice, il demande qu’on le fasse régulièrement et vigoureusement pour qu’on puisse en retirer des résultats valorisants, mais le faire est en bout de ligne beaucoup plus bénéfique que de ne pas le faire.

C’est pour cette raison que je suis content de l’arrivée de cette charte, même si je suis en désaccord avec certains de ses articles, même si je crois que, comme le dit Foglia, que “dans son application surtout, cette charte de la laïcité tendra plus à la faire détester qu’à la révéler comme le creuset (qu’elle est dans les faits) d’une société plus ouverte.” Je crois qu’elle représente une occasion de s’interroger sur la place du collectif en politique, lui qui a été pratiquement évincé par les chartes de droits.

Et si le dialogue qu’on entend sur ce sujet particulier en est cette fois un de sourds, peut-être que la prochaine fois, nous débattrons de façon plus habile, et plus encore la fois suivante. Si la Charte de la laïcité échoue sur tous les points sauf sur celui-là, elle aura déjà eu un effet positif sur la politique québécoise.

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