Les Carabins ont leur Coupe Vanier

La Coupe Vanier 2014 appartient au Québec, mais pas à Québec. Les Carabins de l’Université de Montréal ont procuré la coupe au 514 en défaisant in extremis les Marauders de McMaster 20-19 dans un match davantage mémorable pour son caractère anxiogène que pour la qualité du spectacle. Inutile de dire que les Carabins s’en contenteront, eux qui remportent le championnat canadien pour la première fois.

J’étais intéressé de voir l’effet qu’allaient avoir les tactiques motivationnelles de l’entraineur de Mac Stefan Ptaszek. Celui-ci avait fait une sortie décriant le fait que les Carabins pouvaient se préparer en suivant leur routine habituelle tandis que celles des Marauders serait chambardée. Si on s’attardait au fond, l’argumentaire était chancellant, mais personne n’était dupe. Ptaszek voulait faire d’une pierre deux coups: instaurer chez ses joueurs la mentalité de “nous contre le monde” tout en faisant subir davantage aux Carabins la pression d’un moment qu’ils souhaitaient depuis si longtemps. Après tout, la finale avait beau être à Montréal, mais des deux équipes, c’est McMaster qui est l’habituée des finales de la Coupe Vanier, ceci étant leur troisième en quatre ans. Force est de constater qu’à la base, la tactique a fonctionné à merveille.

Je sais que Ptaszek a emmerdé beaucoup de partisans (et d’anciens) des Carabins avec ses commentaires. Toutefois, rien de tout cela n’altère le fait que le mec est un sacré coach. Appelons un chat un chat. Pendant toute la première demie, Ptaszek et ses entraîneurs ont gagné la partie d’échecs qui les opposait à l’équipe d’entraîneurs des Carabins. Les premières séries offensives des Bleus nous ont montré que les Marauders avaient fait leurs devoirs quant aux tendances et aux jeux préférés de l’UdeM. L’équipe de Hamilton refoulait constamment les Montréalais en situation de deuxième et long et envoyait subséquemment une pression trop forte pour les bloqueurs des Bleus. Les Bourgognes sont rentrés au chaud pour la demie ayant déjà réussi six sacks sur le quart Gabriel Cousineau, alors que les ailiers défensifs Connor MacKay et Mark Mackie, qui avaient terrorisé les Mounties de Mount Allison la semaine précédente, ont connu un excellent match et ont grandement contribué à l’inconfort quasi-constant de Cousineau.

Parlant du quart des bleus, on a vite compris qu’il ne battrait pas le record d’équipe pour le plus de verges par la passe lors d’un match qu’il avait établi la semaine précédente contre le Manitoba. Bien qu’il faille féliciter les Marauders de leur excellent plan de match en défensive, ils ont néanmoins bénéficié d’une performance pour le moins erratique de Cousineau, qui multipliait les passes imprécises, particulièrement au premier essai. La performance moyenne de Cousineau était d’autant plus exposée du fait que les Carabins ont commencé à s’éloigner de la course plutôt rapidement. Je ne suis pas de ceux qui définissent l’équilibre à l’offensive par le dogme de courir et de lancer à 50 pour cent du temps, mais il y aurait peut-être eu lieu de donner plus de chances à Sean Erlington et à la ligne offensive de se bâtir un peu de momentum au sol.

Vu la quasi-inertie de l’offensive des Bleus en première mi-temps, le match aurait pu s’éloigner de l’UdeM très rapidement, n’eut été de la performance somme toute solide de leur défensive qui, sans appliquer autant de pression sur le quart que contre le Manitoba, a su limiter les dégats contre une attaque des Marauders qui a pris très peu de risques pendant l’entièreté de la rencontre. Bon, il faut dire que lorsque deux de ces risques finissent en interceptions (dont une où le maraudeur Anthony Coady semblait être atterri hors du terrain, #CoachsChallenge), cela incite à la prudence. Le quart de Mac Marshall Ferguson n’a pas le talent de son prédecesseur Kyle Quinlan, mais il a été plutôt sobre dans ses décisions. Il passait souvent à sa deuxième ou à sa troisième lecture trop rapidement pour que la pression ne l’atteigne. Au sol, c’était tout ou rien pour les Marauders, alors que les Bleus, hormis quelques gros jeux inopportuns, n’ont pas été trop généreux envers les porteurs bourgognes.

Les Carabins ont fait quelques ajustements intéressants à la demie et ont reçu un bon coup de main de leurs unités spéciales, qui ont forcé et recouvré un échappé sur le botté d’envoi de la deuxième demie. Les Bleus ont ensuite marqué un touché sur un bel attrapé du toujours fiable Philip Enchill (#Spartiates). Il y a un moment que je le vois aller (depuis son arrivée au collégial) et j’adore ce joueur, qui semble prêt et apte à exécuter toutes les tâches qu’on lui confie. C’était justice de le voir faire un jeu aussi important lors de cette finale.

On mentionnera aussi le botteur Felix Ménard-Brière, qui, pour un deuxième match de suite, a sorti un botté de dégagement retentissant à un moment clé du match de façon à redonner l’avantage du terrain à son équipe. Les Carabins ont fait meilleur usage de ce cadeau de leur botteur cette semaine, recupérant rapidement le ballon et allant chercher leur second majeur de la rencontre. L’autre touché des Bleus appartient à Erlington, mais le jeu clé de la série où les Carabins l’ont marqué est le remarquable catch de la recrue Régis Cibasu, sur une passe où Cousineau fait complètement confiance au costaud ancien Lynx d’Édouard-Montpetit lors du duel aérien contre son couvreur. Pensez-vous que la LCF l’attend avec impatience, celui-là? Marco Iadeluca adore lui donner le ballon sur le jailbreak screen qui suit la feinte de jeu au sol, jeu que McMaster défendait bien au début du match, mais qui a donné un ou deux gains intéressants aux Bleus en deuxième mi-temps.

Il était question, après le match, de savoir si le fait qu’une équipe québécoise autre que le Rouge et Or gagne la Coupe Vanier prouve qu’il y a bel et bien parité dans la conférence Québec. Voilà bien une suggestion risible. Il n’existe pas de parité au Québec. Regardez les joueurs de chacune des équipes de la conférence et vous constaterez que la supériorité des Carabins et du Rouge et Or, particulièrement sur les deux lignes, est telle que les quatre autres équipes de la conférence se battent pour la troisième et la quatrième place. Cela dit, le manque de parité a beau être problématique, je suis moins convaincu que jamais que le RSEQ doit légiférer pour le pallier.

D’ailleurs, si la victoire des Carabins n’est pas en soi garante d’une parité à long terme, d’autres signes encourageants demeurent. Les Stingers de Concordia n’avaient pas le talent pour se hisser plus haut que le quatrième rang cette saison, mais la performance que les frères Donovan ont réussi à extraire de cette équipe passablement limitée à certaines positions augure bien pour l’avenir, surtout si les Donovan continuent d’exploiter adroitement leurs connexions aux États-Unis. McGill, étant donné ses moyens financiers et son prestige, conserve un certain potentiel, pour ne pas dire un potentiel certain, si le département des sports nomme la bonne personne au poste d’entraîneur-chef. Et le Vert et Or de Sherbrooke ne manque pas d’atouts pour bâtir un effectif capable de compétitionner avec n’importe quelle équipe canadienne.

J’ai très hâte de voir ce que la saison prochaine nous réservera, quoiqu’un retour en force du Rouge et Or semble extrêmement probable. L’actuel manque de parité au Québec se règlera de lui-même? Découvrirons-nous plutôt que toute victoire d’une autre équipe québécoise contre le Rouge et Or ou les Carabins ne peut être autre chose qu’une aberration dans la conjoncture actuelle? Nous verrons bien. Entre temps, toutefois, il convient de cesser pour un moment de discuter des questions existentielles du RSEQ et de laisser cette équipe des Carabins célébrer sa victoire. Le jour viendra assez vite où tout cela sera à refaire.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

Create a free website or blog at WordPress.com.

%d bloggers like this: