Jour 8 de la Coupe du Monde (et en français, en plus)

Décidément, cette Coupe du Monde ne finit pas de nous surprendre. Je sais que je commence à lasser mes proches à râler contre le tournoi franchement emmerdant de 2010, mais je ne peux que me réjouir en voyant la qualité et “l’entertainement value” de cette édition 2014. Le jour 8 en aura été un où la tendance s’est maintenue. Repassons donc les événements de la journée. 

Le choc du début de journée

Pour une deuxième rencontre consécutive, le Costa Rica s’est imposé contre un adversaire singulièrement décevant. Cette fois, ce sont les Italiens qui ont été plutôt mauvais sauf que, contrairement à l’Uruguay, dont c’est la défense qui a été franchement putride, aujourd’hui, c’est l’attaque italienne qui manquait à l’appel. Je ne tente pas du tout de diminuer l’importance de la réussite des Sud-Américains, qui continuent de faire mal paraître les pronostiqueurs qui les voyaient éliminés avant la fin de la phase de poules.

Toutefois, il reste que c’est avant tout la médiocrité italienne qu’on retient ici, et tout particulièrement le manque flagrant de créativité offensive des azzurri. Ils ont passé la journée à confier le ballon à Andrea Pirlo et à exiger de lui qu’il lobe le ballon à Balotelli par-dessus la défensive costaricaine. Pirlo est un joueur fabuleux, un de ces rares athlètes professionnels qui s’améliorent avec l’âge. Cependant, c’est un joueur qui est surtout menaçant lorsque vient le temps de servir une passe savante ou un coup franc meurtrier. Il y a plusieurs années qu’il n’est pas si dangereux lorsqu’il court avec le ballon. Si les Italiens avaient un genre de Mesut Özil ou de Wesley Sneijder pour compléter le travail de Pirlo et présenter une menace de marquer de l’extérieur de la surface de réparation, ils serait inarrêtables. Malheureusement, pour eux, ce n’est pas le cas et leur attaque était totalement uni-dimensionnelle aujourd’hui. 

Résultat: la trappe à hors-jeu sud-américaine, qui n’avait à se soucier de rien d’autre que de la longue balle, a donné lieu à un match somme toute assez ennuyeux caractérisé par une quantité inconcevable de hors-jeu et par des arrêts de jeu excessivement fréquents. 

De plus, on a encore eu droit à autre un échantillon d’arbitrage de qualité douteuse alors que Chiellini sort très clairement la hanche dans la surface de réparation afin de freiner un Campbell menaçant, sous l’oeil de l’arbitre qui choisit de laisser jouer. Après s’être remis de leur incrédulité quant à la décision de l’officiel, les Costaricains se sont eux-mêmes fait justice en allant chercher un but sur un superbe centre qui tombe parfaitement sur la tête de Bryan Ruiz, quoique Gigi Buffon, d’ordinaire irréprochable sur le plan technique, est coupable d’une hésitation qui lui enlève toute possibilité de parer le tir. 

Bref, une victoire méritée du Costa Rica, qui se qualifie pour le second tour et dont le dernier match de la phase de poule est contre une Angleterre qu’il éliminait par sa victoire contre les Italiens. Bon, quand tu bats une équipe uruguayienne dont l’âme offensive (Luis Suarez) est absente et dont la défensive est complètement à la rue, et ensuite une équipe italienne qui a peut-être livré sa pire performance sous la gouverne de Cesare Prandelli, on s’entend que, contre une bonne équipe en pleine possession de ses moyens, ça risque de pas mal se corser. Néanmoins, c’est déjà un super exploit de la part de cette équipe dont les supporteurs affichent une joie touchante à la vue de la réussite de leur effectif. 

Une dégelée à la française

Peu de gens ont été assez stupides pour prendre pour du cash la claque de 3-0 infligée à cette équipe du Honduras qui semblait plus intéressée à tabasser les Français qu’à les vaincre sur le tableau indicateur. Par contre, si on savait les Bleus nettement supérieurs aux Suisses d’un point de vue talent, le résultat de 5-2 étonne néanmoins. 

On attendait une équipe suisse qui, fidèle à son habitude, pallierait tant que possible son manque de qualités individuelles par une rigueur dans l’organisation, particulièrement en défensive. Or, le contraire s’est produit. Les Suisses ont commis une quantité effarante de bévues, notamment sur la passe arrière irréfléchie que Benzema se fait un plaisir d’intercepter et de refiler à Blaise Matuidi, qui marque le second de deux buts français en 66 secondes. On peut aussi penser à l’effort lamentable de Senderos, pas de niveau contre un tel adversaire, qui rate complètement le ballon que Benzema plante au fond du filet pour le quatrième but des Bleus. 

Ce fut ce genre de journée pour les rouges, qui avaient déjà concédé l’avance aux Bleus sur une merveilleuse tête de Giroud, lequel a plus tard traversé le terrain sur une contre-attaque pour enfin servir une fabuleuse passe à Valbuena, qui enlève aux Suisses le peu d’espoir qui leur restait après le penalty raté de Benzema. C’est la chose avec Giroud: sa vitesse et ses qualités techniques limitées le rendent souvent décevant contre les meilleurs adversaires mais, contre une équipe moins athétique, sa grandeur, sa puissance et ses talents aériens en font un attaquant franchement détestable à défendre. 

Les partisans français étouffent de plus en plus difficilement leur enthousiasme; le dernier tournoi où la France a gagné ses deux premiers matchs était la Coupe du Monde de 1998. Et on sait tous ce qui s’est passé cette année-là. Toutefois, ils auraient intérêt à se rappeler ce dont ils se réjouissaient avant le début du tournoi: ils sont tombés sur un groupe remarquablement faible. Bon, ils l’ont déjà gagné et on ne s’étonnerait pas de les voir déclasser la Bosnie, l’Iran ou le Nigeria en huitièmes de finale. Mais, une fois les quarts arrivés, ça va moins rigoler. Il sera intéressant de voir si les Bleus pourront tenir le rythme contre une équipe dont les moyens seront nettement supérieurs à ceux des sélections qu’ils auront vues.

Malgré le fait qu’on n’ait pas encore passé le stade où les dominations françaises sont à prendre avec un grain de sel, deux facteurs font en sorte qu’à titre personnel, je les prends nettement plus au sérieux qu’il y a une semaine. Primo, on ne choisit pas ses adversaires. Tout ce qu’on peut exiger d’une équipe nettement plus talentueuse que tous ses opposants est que la disparité de talent se fasse voir dans les résultats. Jusqu’à présent, c’est mission accomplie pour les Français. C’est très, très bon signe. Quand on se rappelle que cette équipe française était arrivée complètement absente après les incidents de Knysna et qu’elle s’était inclinée contre l’Afrique du Sud (!!!) pour finaliser sa descente aux enfers en 2010, on se rend compte que les Bleus, sous la gouverne de Laurent Blanc puis de Didier Deschamps, ont quand même fait un sacré bout de chemin psychologiquement. Les Français sont toujours talentueux. Si, en plus, ils peuvent éviter d’être disfonctionnels…

Après, on peut dire qu’ils n’ont joué contre personne. Or, aucune équipe ne gagne un tournoi comme la Coupe du Monde, dont l’issue repose sur une panoplie de détails, sans une bonne dose de chance. Mettez l’Angleterre, déjà éliminée, dans ce groupe et les Anglais le gagnent assurément, eux aussi. Cependant, ce sont les Français qui, jusqu’à maintenant, ont été chanceux dans leur cheminement. On ne peut le leur reprocher. C’est ça, les grandes compétitions. 

Secundo, je parlais du fait que l’état d’esprit de cet effectif est incomparable à celui de 2010 et même à celui de 2012. Si la campagne de comm “peace and love” de Didier Deschamps sonne faux tant elle est rose bonbon, il n’en demeure pas moins que cette équipe, en plus d’avoir évincé ses éléments perturbateurs, a un autre atout qui rend ses joueurs plus solidaires: celui de l’adversité partagée. Vous me direz que ce n’est pas la première fois que la France se qualifie sur la fesse pour un tournoi international. Vrai. Sauf qu’on sent chez les Bleus 2014 les liens que le fait de revenir d’un déficit de 2-0 contre l’Ukraine pour gagner 3-0 au Stade de France a créés. De dire qu’ils auront besoin de cette solidarité lorsque les adversaires seront meilleurs relève de l’euphémisme, mais la solidarité est là au sein de ce groupe et une équipe française unie est meilleure que bien, bien, bien des sélections et ce, dans n’importe quelle compétition. 

Un mot sur la belle surprise de la journée

Je dois vous avouer que je redoutais le match Équateur-Honduras. Les premiers ne m’avaient pas particulièrement impressionné dans leur défaite de dernière minute contre les Suisses et la performance hondurienne contre les Français était tout bonnement honteuse. 

J’ai donc été agréablement surpris de voir ces deux équipes nous servir un super match, pas renfermé du tout, que les Honduriens se maudiront d’avoir perdu parce qu’ils se diront, même si je déteste cette idée, qu’ils auraient mérité meilleur sort. Ils ont été tellement plus positifs que contre les Français qu’on en venait à se demander si une meilleure équipe n’avait pas piqué à l’effectif du premier match leur uniforme et affronté les Équatoriens à leur place.

La réaction du marqueur hondurien Costly après son puissant tir coin inférieur droit du filet et celle des supporters était un beau moment. Et si le premier but équatorien résulte d’une déviation remarquablement chanceuse, leur but victorieux vient d’une super tête d’Ehner Valencia sur un coup franc. 

Somme toute, mon constat quant à la qualité du spectacle reste le même: on se régale. 

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