Dan Hawkins: autopsie d’un échec

Il y a, à plus d’un niveau, quelque chose de triste au congédiement de Dan Hawkins à titre d’entraineur-chef des Alouettes de Montréal. Bien sûr, personne ne souhaite à un autre individu de perdre son emploi. Au-delà de cela, cependant, le timing de ce congédiement est lourd de sens étant donné la teneur des points d’interrogation que Hawkins amenait avec lui à Montréal. 

Hawkins quitte les Oiseaux avec une fiche de deux victoires et trois défaites. On pardonnera ceux qui voulaient laisser la chance au coureur de ne pas voir là matière à limogeage. Le nouvel ex-entraineur de l’équipe est arrivé à Montréal plus connu (du moins, par ceux qui suivent la NCAA) que son prédecesseur Marc Trestman, mais le fait d’être connu peut être une arme à deux tranchants; dans le cas de Hawkins, il était connu, à un certain degré pour les mauvaises raisons. 

On peut déduire que ce qui a convaincu Jim Popp de donner une chance à Hawkins était l’extraordinaire fiche de ce dernier à la barre des Broncos de l’Université Boise State. Comme coach des Broncos, Hawkins avait compilé une fiche de 53-11 en cinq saisons et de 37-3 dans la conférence WAC de la NCAA. Seulement trois entraineurs avaient remporté plus de victoires au cours de leurs cinq premières saisons dans la NCAA. Après tout ce succès, Hawkins avait accepté le poste d’entraineur-chef de l’Université du Colorado et les choses avaient sérieusement dérapé. 

Le succès de Hawkins à Boise était indéniable mais, comme le faisait remarquer Didier Orméjuste de RDS, le WAC est et était, même à cette époque, une conférence de seconde zone où le concept de défensive est plus théorique que pratique. Oui, il existe des choses que Boise fait mieux que plusieurs programmes de haut niveau de la NCAA. Les Broncos sont extrêmement efficaces lorsque vient le temps de développer de jeunes joueurs de la Californie que les USC, UCLA, Stanford et compagnie choisissent de ne pas recruter. Même sous Hawkins, c’était vrai. Cependant, deux choses doivent être ajoutées par rapport à cela. Primo, la Californie produit chaque année beaucoup trop de bons joueurs pour que les universités locales puissent tous les prendre. Deuzio, cela voulait dire que Boise commençait presque chaque saison avec plus de talent que ses adversaires. On dit souvent que les bons joueurs font les bons coachs. Les moins bons joueurs adverses ne nuisent pas non plus. 

Le séjour de Hawkins à l’Université du Colorado semble suggérer que son succès à Boise était au moins autant un produit de circonstances favorables qui existaient déjà avant son arrivée que de son acumen comme coach. Il faut dire que Hawkins prenait la charge d’un poste d’emblée l’un des les plus difficiles de la NCAA. En plus, Il a accepté de s’insérer dans l’une des situations les plus ingrates pour un coach: la disponibilité du poste n’avait pas grand-chose à voir avec la performance de l’équipe sur le terrain. L’ancien entraineur des Buffaloes Gary Barnett avait été congédié après plusieurs allégations de violations des règles du recrutement (notamment le fait que certaines recrues potentielles auraient été amenées à des bars de danseuses) et un scandale très dommageable pour la réputation de l’Université autour du harcèlement d’une étudiante-athlète féminine ayant intégré l’équipe comme botteuse. Clairement, d’un point de vue humain, les Buffaloes avaient besoin de faire un peu de ménage. 

Il y avait un autre problème pour Hawkins, cependant: indépendamment de ses lacunes comme être humain, Barnett était tout un coach. Les Buffaloes faisaient beaucoup mieux que ce à quoi on pouvait s’attendre sur papier dans la conférence Big XII, typiquement dominée par les Texas, Oklahoma et Nebraska de ce monde. Je parlais de contextes ingrats pour un nouvel entraineur. C’est nettement moins pire lorsqu’un membre du personnel déjà en place est promu coach-en-chef (cela est souvent vu comme une continuité plutôt que comme un changement), mais il est hasardeux pour un coach qui arrive d’ailleurs d’accepter un poste laissé vacant pour des raisons autres que des performances inadéquates de l’équipe. En d’autres termes, gare à l’idée de remplacer un coach ayant quitté une équipe de son propre gré. 

La suite a été reconstituée avec beaucoup de vigueur par des médias sportifs montréalais méfiants envers Hawkins dès l’annonce de son embauche. Dorénavant pourvu de talent inférieur à celui de la majorité des autres équipes de sa conférence, Hawkins n’a jamais pu outrepasser cette limite comme le faisait Barnett, ni dans le Big XII ni dans le PAC-12 après que l’Université ait décidé de changer de conférence. Sa fiche finale au Colorado est de 19 victoires, 39 défaites et les deux moments les plus mémorables de son règne là-bas furent 1) lorsqu’il garantit une saison de 10 victoires en 2009 pour ensuite finir la saison avec trois et 2) le match contre Kansas où, pour permettre à son fils Cody de briser le record de l’équipe pour le plus de verges par la passe en carrière pour des raisons qu’on ignore, il choisit de continuer à lancer le ballon avec une avance de 28 points au quatrième quart, permettant à Kansas d’accomplir la plus importante remontée de l’histoire de la NCAA et de gagner 52-45. 

Quel Hawkins allait-on avoir à Montréal? Celui de Boise ou celui du Colorado? C’était la question que tous se posaient. Les craintes que la seconde réponse soit la bonne ont été nourries très rapidement par des reportages de journalistes chevronnés comme Herb Zurkowsky de The Gazette, qui décrivait une ambiance un peu “Club Med” aux entrainements des Alouettes. Je dois avouer que je ne les ai jamais vus travailler avec Hawkins, mais quel contraste cela aurait été par rapport aux Alouettes de Trestman, qui pratiquaient avec une intensité, une rapidité et une efficacité qui m’ont beaucoup impressionné lorsque je les ai regardés s’entrainer. 

On se rappelera aussi à quel point Hawkins avait patiné, le jour de la conférence de presse pour annoncer son embauche, en répondant de façon on-ne-peut-plus évasive à Didier Orméjuste, qui lui avait demandé quelle(s) leçon(s) il avait retenue)s) de son passage au Colorado. Orméjuste a joué à Toledo, il connait bien la NCAA et on sentait qu’il était très sceptique du choix de Hawkins. Cela dit, la question était très légitime. Si c’était à refaire, que ferait-il différemment à Boulder? Ferait-il quelque chose différemment? Des questions cruciales. Et on n’avait même pas commencé à parler de l’ajustement au football canadien. 

Toutes ces craintes ont ensuite été amplifiées par une pré-saison peu inspirante où certains aspects du jeu des Oiseaux laissaient tant à désirer qu’il y avait de quoi craindre pour la saison. Entre autres, la protection de passe – affaire qui reste toujours à régler, d’ailleurs – était si poreuse qu’on craignait pour la santé d’un Anthony Calvillo plus vieux, plus fragile et moins mobile. Quand ces difficultés ont continué à se manifester au cours de la saison régulière et que l’attaque, malgré l’ajout d’Arland Bruce à une équipe de receveurs déjà impressionnante, a connu le pire début de saison dont je peux me rappeler de la part des Alouettes, le directeur gérant Jim Popp a préféré larguer Hawkins qu’attendre. 

Je parlais plus tôt d’un congédiement lourd de sens. Ce qui me surprend n’est pas que Hawkins ait été remercié, mais bien le timing de cette décision. Hawkins n’a pas exactement révolutionné la LCF en cinq matchs, mais qui l’a déjà fait? Après cinq matchs sous la tutelle de Marc Trestman, les Alouettes avaient exactement la même fiche que celle qu’ils ont actuellement (2-3). Malgré le “hein?” collectif poussé par le public sportif montréalais à l’embauche de Trestman, Jim Popp l’a soutenu avec les résultats qu’on connait.

Peut-être que l’impatience de Popp s’explique par le nouveau niveau d’attentes créé par la tradition d’excellence instaurée par Trestman.

Peut-être était-ce un autre de ces cas où un entraineur quitte de son propre gré et que son malheureux successeur s’insère dans une situation où il est un outsider, quoiqu’on espère que les joueurs soient plus professionnels que cela.

Peut-être (et je suis convaincu que cela a joué un rôle) que Trestman a vu, au-delà du prestige du poste qui lui était offert par les Bears de Chicago, une occasion de laisser une équipe au noyau vieillissant qui approchait la fin d’un cycle, et que Hawkins est celui qui était aux commandes du navire au moment du déluge. 

Peut-être qu’après Trestman, qui avait gagné le respect des joueurs en se familiarisant très rapidement avec le football canadien, Popp a été à ce point déçu de la démarche de Hawkins en ce sens qu’il s’est garanti que si l’équipe ne commençait pas la saison en feu, il passerait à autre chose plus tôt que plus tard.

Mais pourquoi maintenant? La saison n’est quand même pas compromise. Les Alouettes sont 2-3, pas 0-5. Et si le but est de trouver un remplaçant compétent avant qu’il ne soit trop tard, pourquoi diable Popp compromettrait-il cette possibilité en assumant lui-même la tâche d’entrainer l’équipe? Je respecte beaucoup Popp comme DG, mais son parcours comme coach-en-chef (c’est quand même la troisième fois qu’il joue le coach par intérim) n’est pas reluisant. Et, plus important encore, cette responsabilité ne lui permettra pas de faire comme il faut ses devoirs en ce qui a trait à la recherche d’un bon candidat. Et s’il est déjà trop tard pour trouver un remplaçant adéquat cette saison, alors je reviens à ma question initiale: pourquoi congédier Hawkins maintenant? En quoi les Alouettes s’en trouvent-ils plus avancés? L’attitude de Hawkins était-elle à ce point problématique?

Je ne sais pas. Pour l’instant, tout ceci n’est que spéculation et rumeur. Mais il y a une chose que je sais. 

La décision de Jim Popp de virer Dan Hawkins si rapidement ne peut qu’indiquer que si les supporters des Alouettes n’étaient pas convaincus du choix de leur DG d’engager Hawkins, Popp ne l’était pas non plus. Il est vrai que le parcours décevant de Hawkins au Colorado est difficile à ignorer, mais on aurait tout de même cru que si Popp avait décidé de l’engager, c’était parce qu’il pensait que le Hawkins de Boise State, dont l’attaque était pratiquement inarrêtable, referait surface.

Force est de constater que loin d’en être convaincu, ou même d’y croire, Popp se croisait les doigts comme le reste d’entre nous. 

 

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