Une finale à sens unique

C’est fait. Le Rouge et Or de Laval a remporté la septième Coupe Vanier de son histoire avec une victoire convaincante aux dépens des champions en titre, les Marauders de McMaster. Rarement aura-t-on vu si peu de gens croire aux chances de cette équipe de Québec qui se rend pourtant, depuis une dizaine d’années, à la finale de la Coupe Vanier à une fréquence inégalée au Canada. Mis à part quelques fans inconditionnels du Rouge et Or qui prédiraient une victoire de leur équipe contre les Giants de New York, de tous les blogues et de toutes les chroniques que j’ai lus, personne ne semblait croire que le Rouge et Or ne réussirait à venger sa défaite crève-cœur de l’an dernier aux mains de ces mêmes Marauders. Je dois avouer que j’étais de ceux qui prédisaient une victoire de McMaster.

Parfois, un match, si important et si excitant que fut celui de 2011 entre les deux équipes, peut être trompeur. Hier soir, à Toronto, il n’y avait pas photo entre les deux effectifs. Les entraîneurs et les joueurs lavallois ont procédé à une analyse pratiquement scientifique de tout ce qui avait mal tourné à Vancouver il y a un an et ont corrigé chacun de ces détails pour les tourner à leur avantage. En y repensant, les fidèles du R&O en viendront peut-être à regretter plus amèrement encore la défaite de 2011, la finale de cette saison illustrant on-ne-peut-plus clairement qu’il aura fallu que tant de choses tournent mal pour que McMaster gagne l’an passé. Et dire qu’il leur aura fallu la prolongation pour le faire.

2011 nous aura fait croire que les deux équipes étaient pratiquement du même niveau. Ce n’est pas ce que nous avons vu hier soir. La défensive du Rouge et Or a joué comme une unité qui avait des choses à se faire pardonner après les 41 points alloués à Mac lors de la finale précédente. Dès le début du match, le demi de coin Dominic Noël a donné le ton avec quelques plaqués très solides en attendant que ses collègues trouvent leurs repères. Et ils les ont trouvés. Le futur Tiger-Cat de Hamilton Arnaud Gascon-Nadon, pratiquement anonyme après son sack du quart tôt dans le match en 2011, a fait sentir sa présence tout au long de la rencontre en affrontant, et en terrorisant, les bloqueurs de McMaster Matthew Sewell et Chris Pickard. Ces derniers, qui avaient fait un si beau travail l’an dernier lorsqu’était venu le temps de limiter l’impact du 45 de Laval, ont cette fois été incapables de neutraliser son explosion initiale à la remise en jeu du ballon. J’ai rapidement cessé de compter le nombre de fois où AGN les a contournés facilement en chemin vers Kyle Quinlan, particulièrement dans le contexte des nombreuses, nombreuses situations de 2ème et long auxquelles ont été confrontés les Maraudeurs.

De toute la partie, les Marauders n’ont jamais trouvé de solution pour arrêter le blitz au milieu du secondeur Frédéric Plessius. Le quart étoile Kyle Quinlan l’a eu dans son champ de vision pendant une bonne partie du match. Cela dit, une des raisons pour lesquelles le Rouge et Or a pu envoyer tant de pression vers Quinlan sur les essais où les Marauders devaient lancer aura été l’efficacité du Rouge et Or contre le jeu au sol. En 2011, le jeu au sol de McMaster, sans être dominant ou spectaculaire, était assez efficace pour forcer le Rouge et Or à le respecter. Cette année, à part deux ou trois belles courses de Quinlan sur le « read option » dans la formation « pistol », Jean-Alexandre Bernier et compagnie ont transformé le jeu au sol des Ontariens en concept abstrait, condamnant Quinlan à devoir tout faire lui-même par la passe.

Parlant de concept abstrait, mentionnons toute forme de pression sur le quart Tristan Grenon de la part du front défensif de McMaster. Le chandail de Grenon était tellement propre à la fin du match qu’on aurait pu croire qu’il sortait de la sécheuse. Quel contraste par rapport à l’an dernier, où Bruno Prud’homme avait été harcelé par un front de McMaster très agressif. Cette saison, la quiétude de Grenon dans la pochette protectrice est un des nombreux éléments de l’opération destruction de la ligne offensive du Rouge et Or. Si on parlait beaucoup du porteur Maxime Boutin et de ses 200 verges au sol, je décernerais le titre de joueur le plus utile à la ligne offensive de Laval. Appelons un chat un chat. La ligne offensive lavalloise a tout bonnement ridiculisé le front défensif des bourgognes. Sur pratiquement chaque jeu de course que le coordonnateur Justin Éthier appelait, particulièrement les jeux aux blocs de zone, tous les joueurs du front de McMaster perdaient leur corridor de course. Les deux plaqueurs défensifs de Mac, si dérangeants pour l’attaque du Rouge et Or l’an dernier, ont été réduits à l’anonymat le plus complet pendant la totalité de la rencontre. Le coach Glen Constantin soulignait après la partie que sa ligne offensive était, entre autres choses, jeune. C’est vrai, mais elle l’était aussi l’an passé et aucune comparaison n’est possible entre leur prestation d’hier et celle de 2011 contre ces mêmes Marauders. Il est clair que ces joueurs (particulièrement Lavoie et Groulx), qui étaient des recrues l’an dernier, ont pris expérience et maturité.

Autre aspect où le Rouge et Or a dominé : les unités spéciales. Alors que le botteur de McMaster Tyler Crapigna a connu un match franchement ordinaire, son homologue lavallois Boris Bédé a connu son meilleur match depuis un moment, forçant constamment les retourneurs ontariens à reculer pour aller chercher ses bottés de dégagement. Bédé, parfois inconstant d’un point de vue technique, est un élément crucial pour le positionnement sur le terrain du côté du Rouge et Or et a constamment avantagé les hommes de Glen Constantin. Il faut aussi dire que les Marauders n’ont pas fait grand-chose pour améliorer leur sort sur les unités spéciales. En plus de concéder quelques bons retours, leur feinte de jeu renversé sur un dégagement de Bédé était effroyable. Si la manœuvre n’était pas d’elle-même assez atroce (personne n’y a cru un seul instant du côté lavallois), les Ontariens l’ont tentée alors qu’ils étaient collés sur leur propre ligne des buts, ce qui les a mis dans le pétrin à un moment où Laval commençait à établir sa supériorité. La seule chose aussi abominable que le jeu lui-même était son timing.

Le Rouge et Or a surmonté une performance somme toute moyenne de son quart Tristan Grenon, qui a connu des ratés sur ses tentatives de passe intermédiaires et longues, grâce à des choix de jeu pour la plupart judicieux de son coordonnateur offensif Justin Éthier. Avec le retour d’Éthier est venue l’une de ses marques de commerce : son fameux « jailbreak screen ». Celle que Grenon a complétée à Matthew Norzil pour le premier touché du match, avec l’aide d’un excellent bloc de l’ancien Spartiate du Vieux Montréal Félix Faubert-Lussier, aura vraisemblablement été le jeu le plus important de cette finale. À la suite de ce gros jeu, la défensive des Marauders a passé le reste de la rencontre sur les talons. Ils sont devenus plus conservateurs après le touché de Norzil, se rendant ainsi vulnérables au dominant jeu au sol des Lavallois. Et lorsqu’ils ont voulu amener plus de pression pour arrêter Boutin et Guillaume Bourassa, Éthier a ressorti le jailbreak screen pour leur faire mal à nouveau. Quant à Norzil, il représentait pour moi le principal élément de nouveauté de cette finale. En Norzil, Laval a un élément pour menacer les zones profondes, ce que l’on voyait moins l’an dernier, alors que Laval n’avait pas vraiment forcé McMaster à défendre le terrain en entier.

Si les fans québécois sont contents de voir la Coupe Vanier revenir en province, je me rongerais les ongles si j’étais à la place de tout entraîneur-chef universitaire qui ne s’appelle pas Glen Constantin. Tout le monde voyait McMaster comme la meilleure équipe au pays avant le match d’hier. Les Marauders avaient probablement le meilleur quart de l’histoire de la CIS en Kyle Quinlan. Ils avaient une défensive agressive, une ligne offensive dominante ainsi que des porteurs et des receveurs compétents pour profiter des talents de leur quart. Et bien que Quinlan ait eu ses moments lors de cette finale 2012 (sa passe de touché à la fin de la première demie n’était pas banale, indépendamment de l’erreur du maraudeur), le reste de l’équipe de McMaster ne paraissait pas de niveau par rapport à l’effectif du Rouge et Or. La domination des hommes de Glen Constantin sur le terrain m’a semblé encore plus frappante que ce qu’indique le score final. Si le mieux que le Canada peut présenter comme opposition à Laval est une équipe comme ce groupe de McMaster que nous avons vu hier, on voit mal comment le Rouge et Or serait sérieusement menacé par qui que ce soit. On ne peut que féliciter cet effectif pour le chemin qu’il a fait au cours de cette saison. Toutes les équipes tiennent un discours du genre « si on joue comme on peut, personne ne peut nous arrêter ». À l’heure actuelle, dans le cas de Laval, c’est vrai.

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