La NCAA s’y prend à “Vitesse Grand V” pour faire une “Erreur Grand E”

On pouvait facilement le craindre, mais plus difficilement s’en surprendre. La NCAA, ce médiocre organisme qui peine à faire respecter ses propres règlements, entreprend maintenant de faire respecter ceux des autres. Après que Jerry Sandusky, l’ancien coordonnateur défensif des Nittany Lions de l’Université Penn State, eut été reconnu coupable de 45 des 48 chefs d’accusation pour abus sexuels sur des mineurs auxquels il faisait face, la NCAA tabasse Penn State et son programme de football avec la sanction la plus sévère qu’elle décerne depuis la fameuse “Peine de Mort”, imposée à SMU en 1987.

Les Nittany Lions seront sous probation pour les cinq prochaines années. Ils ne pourront participer aux Bowl games d’après-saison pendant les quatre prochaines campagnes. Au cours de cette même période, ils auront 40 bourses d’études de moins à attribuer à des recrues potentielles. L’université devra aussi débourser une amende de 60 millions de dollars. La statue à l’effigie de l’ancien entraîneur-chef Joe Paterno, coupable de n’avoir pas dénoncé Sandusky après avoir été mis au courant des faits, a déjà été retirée. Et toutes les victoires de l’équipe depuis 1998 seront annulées.

Soit, il était question que Penn State reçoive également la Peine de Mort. J’ai traité de cette possibilité et des conséquences concrètes que la Peine de Mort entraîne dans ce billet: https://turpterritory.wordpress.com/2012/06/25/sandusky-aftermath-should-penn-state-football-get-the-death-penalty-3-2/ (désolé pour ceux qui ne lisent pas l’anglais). Au bout du compte, le programme de football de Penn State pourra compétitionner l’an prochain, ce que la Peine de Mort lui aurait interdit. Néanmoins, on s’explique mal le sentiment du président de l’université Rodney Erickson, qui dit essentiellement que le programme a évité le pire. En termes d’évitement du pire, on a déjà vu mieux. La perte des bourses et des Bowl games est un châtiment extrêmement grave dont les conséquences sur le recrutement se feront sentir pendant de nombreuses années. Et cette amende de 60 millions percera un joli trou dans les finances de l’université et, à n’en pas douter, dans celles du département des sports de PSU. On aurait salué une initiative qui aurait alloué cette somme au dédommagement, si imparfait et superficiel soit-il, des victimes.

Mais bon, revenons au ridicule de ces sanctions. La NCAA, poussée par l’une de ces attaques d’hypocrisie et d’incompétence dont elle avec souffre avec déprimante régularité, fait les choses de travers d’un bout à l’autre. Elle cède à la pression populaire (qui, on le sait bien, n’est pas toujours garante de sagesse et de clairvoyance), se mêle d’un processus judiciaire qui ne relève aucunement de ses champs de compétence et, avec une maladresse tristement prévisible, rate la cible et pénalise des gens qui n’ont joué aucun rôle dans la triste affaire Sandusky.

On aurait déjà apprécié que la NCAA sache reconnaître où s’arrêtent ses champs de compétence et où commencent ceux du système judiciaire. Mais à défaut de cela, il était essentiel que quelqu’un dans la bâtisse cerne la nature de ce crime. Nous ne sommes pas devant un scandale de recrutement illégal ni devant un cas de supercherie académique, manquements que la NCAA peut sanctionner. Nous ne sommes pas devant un cas où un programme de football aurait enfreint les règles du sport universitaire pour se donner un avantage injuste. Nous sommes devant un crime humain, perpétré par un prédateur dont le châtiment doit être déterminé par un système punitif bien plus performant et mieux conçu que celui de la NCAA. De fait, voilà exactement ce qui est arrivé.

Cependant, incapables de laisser la justice faire son travail, les grands manitous de la NCAA ont senti le besoin de faire quelque chose, ne serait-ce que pour qu’on ne puisse les accuser de n’avoir rien fait. « Nous devions agir », a dit Mark Emmert, président de la NCAA. Temps mort! Pourquoi? Que restait-il à faire que la justice n’avait pas déjà fait? Qui, parmi ceux dont la culpabilité a été prouvée ou pourrait être soupçonnée, est touché par ces sanctions?

Je ne vois personne. De ces pénalités nul des coupables ne souffrira. Sandusky a déjà été condamné par le système judiciaire états-unien à passer le reste de sa misérable vie cloitré en prison. À n’en pas douter, Joe Paterno, dont la tragique complaisance a permis à Sandusky de continuer à aggresser d’autres malheureuses victimes, aurait été la cible de la justice s’il n’était pas décédé peu de temps après avoir été limogé par Penn State. L’ancien président de l’université Graham Spanier a lui aussi été congédié et pourrrait être traîné en cour si l’on peut trouver des preuves qu’il a lui aussi été complaisant.

D’ailleurs, lorsque la NCAA a rendu publiques les sanctions contre PSU lundi, Emmert a prononcé la phrase qui montre qu’il est complètement à côté de la plaque dans son raisonnement : « […] nous pouvons imposer des sanctions qui forceront Penn State à rebâtir une culture sportive qui a horriblement mal tourné. »

Voilà bien triste image que celle du président de la NCAA condamné à martyriser ainsi la logique pour tenter d’enlever à son explication une particule de son caractère indigeste! Cette histoire n’en est pas une de culture sportive, encore moins une qui « transcende le sport universitaire », comme cela a été suggéré par un commentateur du réseau ESPN qui (je l’espère) tentait de se faire l’avocat du diable. Cette histoire ne transcende pas le sport universitaire, car elle n’en est pas une de sport universitaire. Ceci est l’histoire d’une série de viols qui, il se trouve, ont été commis par un membre du milieu sportif universitaire. Ceci est l’histoire d’un pédophile qui, il se trouve, était également entraîneur de football. Que la plus haute instance du sport amateur états-unien néglige de tenir compte de cette nuance relève, peu importe les raisons qui expliquent ce choix, d’une grave incompétence. Le fait d’avoir mal cerné le problème donne une mesure qui, en plus de ne pas condamner les coupables, condamne des innocents à leur place.

Je dois avouer avoir eu une pensée empathique pour tous les joueurs de l’équipe de Penn State. La NCAA se défend de les pénaliser indûment en rappellant qu’elle leur permet de transférer à l’université de leur choix sans pénalité. Non seulement est-ce la moindre des choses, mais c’est bien faible consolation que voilà. On les force essentiellement à  choisir entre: (a) endosser l’infamie et le sombre destin du programme qu’ils ont choisi sans connaître quoi que ce soit des crimes de Sandusky ou (b) plier bagage et de se faire un autre chez-soi ailleurs en espérant trouver un programme et un milieu aussi accueillant que celui qu’ils avaient choisi au départ. Et le seul crime qu’ils ont commis est celui d’avoir choisi Penn State. Pathétique.

De plus, ceux qui cherchent une cerise pour décorer le sundae peuvent se réjouir du fait que la NCAA ait enlevé des victoires à Penn State et surtout, à son légendaire ex-entraineur Paterno, décision à laquelle je ne m’objecte pas. Le côté problématique de cette sanction réside dans le fait que la NCAA s’y prend n’importe comment. Il me semble pour le moins illogique d’ôter à Paterno ses victoires à partir de 1998, ce qui correspond à la saison précédant le départ de Sandusky. Ce choix s’explique mal étant donné que Sandusky a été entraîneur à Penn State pendant 30 ans à partir de 1969, dont 22 comme coordonnateur défensif (1977-1999). Pourquoi ne pas sabrer durant cette période? Seul la NCAA peut répondre.

Il est difficile de voir une coincidence derrière le fait que la justice états-unienne ait tout de suite identifié ceux qui méritaient d’être accusés au criminel pendant que la NCAA, cet icône d’ambiguité, écorche des innocents en voulant transmettre un de ces fameux « messages forts ». Ces politiciens et officiels sportifs commencent à me lasser tous avec leurs messages forts, qui sont souvent des perles d’hypocrisie et de vacuité. Le problème avec les sanctions de la NCAA contre Penn State est que non seulement empestent-elles l’hypocrisie et la vacuité, mais elles ont des effets très réels sur des individus qui ne méritent rien du cauchemar dont ils ont hérité.

 

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